“hãy tự thắp đuốc lên mà đi” để phát triển Phật tánh của riêng mình-Đừng nghe những gì sư nói mà nhìn những gì sư làm :chuyện sư hổ mang Thái Lan (xứ Phật giáo là quốc giáo)-ParisMatch

Il y a 25 ans, le “nouveau Bouddha” thaïlandais était un moine débauché

Paris Match | Publié le 16/07/2020 à 17h30 |Mis à jour le 16/07/2020 à 18h04

Clément Mathieu

phra yantra
Le moine Phra Yantra, portant la robe verte et accompagné par le police lors de l’enquête le visant, en 1995. Thierry Falise/LightRocket via Getty Images

En 1995, la Thaïlande était secouée par un incroyable scandale : l’un des bonzes les plus respectés du pays était un moine paillard… Avec Rétro Match, suivez l’actualité à travers les archives de Paris Match.

Un homme révéré et insoupçonnable, usant de son aura pour soumettre à ses désirs des femmes intimidées, et ses dernières qui, découvrant la piteuse réalité, s’unissent pour faire tomber le puissant… Plus de 20 ans avant MeToo, la Thaïlande avait été secouée par l’incroyable scandale de Phra Yantra. Winai Laongsuwan, de son vrai nom, était dans les années 1980 l’un des moines les plus respectés du pays, où le Bouddhisme est religion d’Etat. À la tête de nombreux monastères, suivi par des fidèles lui vouant un véritable culte en soi, il publiait poèmes contemplatifs et sages préceptes, prêchait à la radio et à la télévision, et même hors des frontières. Là d’où, en 1995, viendra sa chute…

Avant cela, il aura fallu le courage d’une nonne, Kaewta Mongchid, qui, dans un courrier adressé au patriarche de l’église thaïlandaise, avait accusé Phra Yantra de l’avoir contrainte à des rapports sexuels. Puis les langues se sont déliées. On découvrira que lors de ses fameux voyages pour répandre la bonne parole à travers le monde, le bonze multipliait les relations, pourtant interdites aux moines : qu’il s’imposait à certaines femmes grâce à son prestige ; qu’il avait une fille cachée dont il avait demandé à la mère d’avorter ; et qu’il avait embobiné une riche fidèle pour s’offrir grands restaurants et maisons closes… Pas vraiment l’ascèse en somme.

Selon une pratique assez commune dans ce genre de cas, sa hiérarchie l’a protégé dans un premier temps, avant de se retourner contre lui. D’abord décidé à défier le Conseil suprême qui l’avait défroqué, Phra Yantra a finalement quitté le pays, et obtenu l’asile politique aux Etats-Unis en évoquant les menaces des plus hautes autorités après le scandale. Redevenu Winai Laongsuwan, il a regagné la Thaïlande en 2014, après la prescription de charges d’injures contre le clergé, sans toutefois pourvoir reprendre la robe. En 1995, notre reporter Patrick Forestier avait enquêté à Bangkok, pour raconter, dans un long récit, «les turpitudes de ce diable au couvent»…

Voici le reportage consacré au moine bouddhiste Phra Yantra, tel que publié dans Paris Match en 1995…

Le scandale qui ébranle Bangkok

Par Patrick Forestier

Un bonze dans les salons de massage! Tout Bangkok en a frémi. Phra Yantra, le religieux bouddhiste le plus connu d’Asie du Sud-Est pour ses prêches édifiants, s’est révélé être un moine paillard digne de l’abbaye de Thélème de Rabelais. Démasqué par la presse, il a fini par être condamné par le Conseil suprême bouddhiste. On a cru un instant qu’il allait à la fois renoncer à la robe et s’amender. Mais il s’est contenté de remplacer sa robe jaune par une verte. Et a continué de défier la morale. Patrick Forestier a enquêté à Bangkok et raconte les turpitudes de ce diable au couvent.

Phra Yantra, photo non datée.
Phra Yantra, photo non datée. © DUANE BRALEY/Star Tribune via Getty Images

Tout a commencé par une lettre de dénonciation que le patriarche de l’Eglise bouddhiste de Thaïlande a trouvée dans son courrier. Une lettre démoniaque ! Une nonne de 38 ans, une certaine Kaewta Mongchida, se plaignait d’avoir été forcée par un moine de coucher avec lui ! Banale histoire si le coupable n’avait été qu’un moine ordinaire. Mais il s’agissait de Phra Yantra, le bonze le plus connu de Thaïlande. Et le plus respecté. Partout dans le pays, ses prêches remplis de sagesse sont écoutés à la radio. Il apparaît à la télévision, sa photo occupe de pleines pages dans les magazines. Ses poèmes et ses écrits sur Bouddha sont considérés comme paroles d’Evangile. Des biographies enthousiastes lui sont consacrées. Phra Yantra n’a que 43 ans, mais sa vie est déjà une légende. Et ce saint homme aurait violé une nonne ! «Comment croire cela !» soupira le patriarche. Il se remémorait l’extraordinaire parcours de Phra Yantra.

Benjamin d’une famille de sept enfants qui exploitait une ferme de cocotiers, Yantra avait d’abord suivi des cours dans un collège technique de Bangkok pour obtenir une licence de tourisme. Il avait été quelque temps guide. Mais cela ne satisfaisait pas ses exigences spirituelles. Son âme était invinciblement attirée par le bouddhisme. Il décida de rompre avec le monde et de mener la vie ascétique et vagabonde des yogis. Des étudiants de l’université Silpakorn se souvenaient de l’avoir rencontré alors qu’il était ermite dans la forêt de l’ile de Ko Samet et d’avoir été impressionnés par son élévation spirituelle. A l’image des sâdhu du Tibet, «il fixe, écrivent ses biographes, pendant des heures le soleil, les marais, les montagnes et le ciel». Il voyage au Népal, revient en Thaïlande, pratique la méditation pendant six mois, suit l’enseignement des vieux maîtres.

A l’époque, il porte encore son vrai nom : Winai Laongsuwan. Il prend celui de Phra Yantra lorsqu’il est ordonné moine en 1974, à l’âge de 23 ans, le jour anniversaire de la naissance de Bouddha. Il devient un prédicateur respecté. Les femmes sont toujours très nombreuses à ses sermons. Certaines affirment que le moine possède des pouvoirs surnaturels. On dit qu’il a le secret de la formule du lotus magique, qui, mélangé à de l’eau bouillie, guérit toutes les maladies. «Je ne suis pas un magicien, proteste-t-il. je n’aime pas que les gens me suivent pour ces seules raisons. L’apparence est temporaire.»

Grâce aux dons de ses fidèles, le prêcheur a fondé un immense monastère, qui ressemble par certains côtés à un village de vacances. Il a obtenu l’autorisation de le construire dans le parc national de Khao Laem. Les autorités locales ne refusent rien à la star nationale. Le monastère comprend les cellules des moines, des locaux pour les pèlerins, une bibliothèque, une cuisine pour préparer de la nourriture végétarienne et une crèche pour les enfants des fidèles. La seule boutique du lieu ne vend que des cassettes de Phra Yantra. Un temple abrite une exposition permanente qui retrace, livres et articles à l’appui, sa vie lorsqu’il était ermite.

Les règles de vie du monastère sont strictes: alcool, tabac, drogue sont prohibés. Le séjour des pèlerins ne peut pas excéder soixante-douze heures. Ils doivent se lever avec les moines à 3 h 30. La journée commence à 4 heures avec la prière et la méditation. A 9 heures, les moines et les pèlerins reçoivent leur unique repas quotidien. A 15 heures, ils nettoient les lieux. A 16 heures, fin du travail et distribution d’eau. A 17 h 30. méditation et étude du dharma. Aucun contact physique n’est évidemment autorisé entre un moine et une femme, dans quelque circonstance que ce soit.

La renommée de Phra ne cesse de grandir. Il se retrouve rapidement à la tête de vingt monastères de ce type en Thaïlande. La plupart sont implantés dans des paysages de toute beauté. «Un choix délibéré pour retrouver la tranquillité de la mère nature nécessaire à l’étude du dharma», affirment les fidèles. A l’étranger, le moine a fait des émules. Des monastères se réclamant de l’enseignement de Phra Yantra sont fondés en Nouvelle-Zélande, en Australie, aux Etats-Unis et au Danemark. Le vénérable est désormais invité dans le monde entier pour porter la parole de Bouddha. Il ne reste jamais longtemps dans un temple, sautant d’un continent à l’autre pour rejoindre les croyants qui l’attendent patiemment. Vraiment Phra Yantra est un saint homme qui fait honneur à Bouddha et à la Thaïlande !

Le patriarche a donc peine à croire à sa culpabilité. Il essaie de classer le dossier. Les autorités cherchent à gagner du temps, tentent d’enrayer le développement de l’affaire. Mais Kaewta Mongchida, la nonne dénonciatrice, ne l’entend pas de cette oreille. Elle rend ses accusations publiques afin d’être sûre que sa plainte ne sera pas étouffée. Pramote Sukhum, vice-ministre de l’Education coiffant le département des Affaires religieuses, tente de les minimiser: «Je ne la crois pas. Elle n’a pas produit de preuves évidentes. Cette femme a des problèmes émotionnels et semble faire une fixation sur Phra Yantra, parce qu’elle n’a pas été payée de retour. Cette affaire est une conspiration contre lui. Un groupe d’individus cherche à ternir la réputation du bouddhisme.» Mais Kaewta n’en démord pas : «Il m’a obligée à faire l’amour sur le pont d’un bateau de croisière, au cours d’un de ses voyages en Europe. Depuis, cet homme a gâché ma vie, mais je l’aime encore. Je possède même des cassettes vidéo compromettantes le concernant.»

Les autorités veulent faire croire qu’elle n’a pas toutes ses facultés mentales. On prétend qu’elle a été mariée trois fois et que de chacune de ses unions est né un enfant. Le département des Affaires religieuses demande toutefois au chef de la police du district où est érigé le temple principal de Yantra d’ouvrir une enquête. Refus du policier: «Les faits reprochés ont eu lieu à l’étranger, en dehors de ma juridiction.» C’est la police spéciale, l’équivalent de nos Renseignements généraux, qui se décidera finalement à lancer des investigations à la demande du ministère de l’Education. Il est temps, car les révélations pleuvent en cascade.

Chantima, une autre nonne, âgée de 30 ans, craque et ne cache plus qu’elle a couché avec le moine. Comment aurait-elle pu refuser de faire l’amour avec lui ? Yantra n’est-il pas un saint ? Quand il transpirait, ses fidèles lui tendaient un mouchoir. Ne gardaient-ils pas ensuite le tissu imprégné de sueur comme une relique ?

Thiamchan Mayarangsi, alias Chantima (elle a changé de nom après avoir rencontré le bonze). est une ancienne employée de la compagnie d’assurances américaine internationale. Devenue nonne en suivant l’enseignement de Yantra, elle n’a pas pu résister à son charisme ni à son charme. Le jour où il la coucha sous un arbre, elle ne sut pas dire non. Commencée dans le parc national et le monastère de la province de Chanthaburi, cette liaison dura plusieurs mois et de leur amour naquit, en Yougoslavie, le 19 août 1987, une fille ! A l’époque, Phra Yantra y dispensait la parole de Bouddha.

Phra Yantra, photo non datée.
Phra Yantra, photo non datée. © DUANE BRALEY/Star Tribune via Getty Images

Après l’amour, sa maîtresse devait se prosterner devant lui

Les voyages ont apparemment toujours inspiré le prêcheur: Kaewta, la première nonne qui a porté plainte, n’est pas près d’oublier cette nuit de mai, sur le bateau qui amenait le groupe de pèlerins de Suède en Finlande. Elle avait sangloté tout l’après midi tant elle était amoureuse du moine. Yantra l’avait consolée. «Viens cette nuit sur le pont», lui avait-il soufflé. «Quand je suis arrivée, à 2 heures du matin, il était déjà là, debout face à la mer. Je me suis prosternée. Par mégarde, j’ai effleuré ses pieds. Alors il a pris mes mains et m’a demandé de me lever. Ensuite nous avons fait l’amour».

Peu à peu apparaît la double personnalité du moine. Phra Yantra prêche la morale le jour et se livre à la débauche la nuit. Le vice-ministre responsable des Affaires religieuses tente encore des diversions : «Le témoignage de cette femme est sujet à caution, déclare-t-il à la presse. Des médecins américains l’ont déclarée folle. Elle touche 6 000 francs par mois d’assistance sociale. La position sexuelle qu’elle décrit est impossible !» En fait, la malheureuse nonne a expliqué naïvement que le moine l’avait prise à genoux, une position impraticable pour l’«expert» des Affaires religieuses.

Mme Thippawan Thipayathat, un ancien cadre supérieur qui devint nonne en 1985, déclare à son tour que, écoeurée, elle préféra quitter le groupe qui suivait le moine au cours d’une de ses tournées en Europe en 1993. Les «victimes consentantes» lui ont avoué, explique-t-elle, la vérité : «Oui, Kaewta la nonne dit vrai». Phra lui susurrait qu’il était le Bouddha vivant et qu’elle était sa femme. Après l’amour, il exigeait qu’elle se prosterne devant lui. Mais ce n’est pas tout. Le moine a eu des relations avec d’autres Thaïlandaises et deux femmes occidentales; en mai, il coucha, en Autriche et en Suisse, avec une Allemande, et, en juin, avec une harpiste danoise, Eva Kalden. J’ai perdu le respect que j’avais pour celui que je considérais comme un leader spirituel quand j’ai constaté que, profitant des avantages de sa position, il couchait avec les femmes qui l’accompagnaient.»

Plus grave, Mme Thipayathat accuse le Conseil suprême d’avoir étouffé le scandale. Elle a tout consigné dans une lettre. Cinq mois après, elle n’a toujours pas reçu de réponse des vieux sages. Idem pour Kaewta. La nonne s’est alors adressée au département des Affaires religieuses «parce que, dit-elle, le Conseil suprême a été trop occupé, paraît-il, pour examiner ma plainte».

Depuis Copenhague, Eva Kalden, la musicienne danoise, se dit prête à son tour à venir témoigner à Bangkok sur les agissements du moine. Elle affirme même posséder des enregistrements de conversations intimes avec lui. «Nous faisions l’amour à l’arrière de notre minibus, pendant notre périple en Autriche», confie la blonde harpiste. Elle aussi a écrit au patriarche, qualifiant Yantra d’égoïste. «Au bout d’une semaine avec lui, j’ai été convaincue qu’il n’était pas un saint. Il m’a abusée, et il abuse beaucoup d’autres gens. Il veut être admiré et se croit supérieur aux autres.»

Phra est aussi accusé de plagiat, et pas par n’importe qui. Le Pr Ravi Bhavilai, l’un des plus fameux poètes bouddhistes de Thaïlande, est formel : Phra a littéralement copié ses poèmes pour les inclure dans son livre «10 000 journées», qui est bientôt retiré de la vente.

À propos des femmes séduites par le moine, la controverse enfle: Kaewta, la nonne par qui le scandale est arrivé, qui est d’origine américaine, se voit refuser une prolongation de son visa et doit repartir aux Etats-Unis.

Ce qui choque le plus l’opinion, ce sont les détails donnés par les maîtresses du moine : Thiamchan, la mère de son enfant, affirme qu’elle s’est mariée avec lui. Elle était tombée enceinte en Allemagne. Elle n’avait pas voulu se faire avorter, et Winai, une petite fille, était née en Yougoslavie. Secrètement, le moine avait donné de l’argent pendant des années à la mère. Kaewta était au courant. Terriblement amoureuse, elle avait rompu le silence au cours d’un voyage à Paris. Yantra l’avait fait passer pour une fille instable. N’avait-elle pas tenté de se suicider en avalant des médicaments ? Elle voulait en fait qu’il quitte la robe pour refaire sa vie avec elle. Cet amour impossible l’avait rendue folle. Aujourd’hui, malgré le scandale, elle l’aime toujours. «Je l’attendrai. Je sais qu’un jour il m’acceptera», dit-elle.

En Thaïlande, l’affaire prend des proportions nationales. Dans la province de Chanthaburi, là où est érigé le temple principal de Yantra, le maire d’une petite ville affirme que 10000 personnes ont offert leur caution morale en faveur du moine. Des fidèles, eux, certifient que Yantra ne peut être impliqué dans un scandale du sexe, pour une simple et bonne raison : lorsqu’il était ermite, il avait écrasé son sexe avec une pierre pour être sûr de respecter son voeu de chasteté !

Le secrétaire général du Conseil national de sécurité est obligé de sortir de sa réserve pour expliquer que le pays n’est pas menacé par une entreprise de déstabilisation : «Malgré ces fausses accusations, je ne crois pas qu’il existe une conspiration pour saboter le bouddhisme», proclame le général. Si les autorités s’efforcent de minimiser le scandale, c’est que le bouddhisme est, en Thaïlande, quasi-religion d’Etat. Plus de 90% de la population suit l’enseignement du Bouddha, dispensé par 500 000 moines et novices répartis dans 30 000 temples et monastères. Le roi, qui, après son couronnement, doit déclarer solennellement son appartenance au bouddhisme, est protecteur de la foi; et l’article 72 du Code civil dote le «wat» (le temple) de la personnalité juridique. Les quatorze membres du Conseil suprême du sangha (le clergé), créé par une loi de 1962, proposent un patriarche qui détient les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.

Le clergé thaï demeure le fondement de la société, à tel point que, depuis 1956, date d’un décret royal, tout fonctionnaire qui désire effectuer une retraite dans un monastère voit sa demande acceptée avec maintien intégral du salaire. Plus de 50% des écoles thaïlandaises sont installées dans l’enceinte des monastères et, dans les campagnes, la vie quotidienne des paysans est organisée autour du «wat».

Pour un Thaï, l’acte le plus important et le plus gratifiant de son existence consiste à revêtir, ne serait-ce que pendant quelques jours, la robe safran. Les dons des plus riches atteignent des millions de francs, les plus humbles se contentant d’offrir un bol de riz chaque matin. Impossible pour un politique de prendre une décision si le sangha s’y oppose. Aussi l’affaire de Phra Yantra occupe-t-elle la première page des journaux depuis des mois. Phra s’y révèle, à l’image du clergé du Moyen ge, qui prenait ses aises avec les canons de la religion, être un véritable moine paillard. «Les moines populaires de notre pays sont-ils des saints ou des démons ?» titre le «Sunday Post» de Bangkok. «Ces révélations sont une véritable bombe contre toute l’institution religieuse», écrit la «Nation».

Le moine Phra Yantra, portant encore la robe jaune, lors de l'enquête le visant, en 1995.
Le moine Phra Yantra, portant encore la robe jaune, lors de l’enquête le visant, en 1995. © Thierry Falise/LightRocket via Getty Images

Le saint homme fréquentait assidûment les salons de massage !!

Phra Phayon, un bonze aussi populaire que Phra Yantra, brise cependant le mur du silence, côté clergé. «Il y a 50% de chances que ces accusations soient vraies», lâche-t-il. Phra Phayon a toujours gardé son franc-parler. Ses origines sont différentes de celles de son rival mis sur la sellette. Il est né, lui, au sein d’une famille pauvre de dix enfants, dont quatre seulement atteindront l’âge adulte; les autres mourront de maladie et quasiment de faim: Sa mère accouchait à la maison, faute de moyens pour s’offrir l’hôpital, et son père, ancien ouvrier agricole alcoolique, ramassait des oranges. Phra Phayon est un battant, déjà célèbre pour ses sermons à la radio sur la moralité et l’éthique de la vie.

Un bras de fer médiatique oppose désormais les deux hommes et partage le pays. Là où la police et le Conseil suprême piétinent, lui, Phra Phayon, moine intègre, va réussir. Son but: démontrer que Yantra a bafoué le bouddhisme. Les accusateurs du moine pervers lui communiquent témoignages et pièces à conviction. Devant plus de 1000 personnes, il projette une cassette vidéo prise dans le couloir d’un hôtel de Macao. On y voit une femme demander si elle peut venir dans la chambre du moine. «Peut-être demain», répond Phra. «Ne me fais pas attendre comme la dernière fois», jette l’inconnue.

«Pour en finir, le moine n’a qu’à se plier à un test de paternité», suggère publiquement un grand professeur de médecine à propos de l’enfant illégitime.

Les deux moines s’affrontent dans un face-à-face radiophonique. «Est-ce vrai que vous possédez deux cartes de crédit? – Oui. Elles m’ont été offertes par un disciple. Je les utilise à bon escient. Jamais pour mes affaires personnelles», répond Yantra, sans se douter que, bientôt, celles-ci causeront sa perte. Le piège se referme un peu plus quand une fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères avoue qu’un certificat de naissance a bien été établi en Yougoslavie, en 1987. pour l’enfant sous le nom de Winai, le nom que portait le moine avant qu’il n’endosse la robe jaune. Le témoin en est sûr, puisqu’à l’époque elle était en poste au consulat de Thaïlande à Belgrade. Le moine a beau dire qu’il a «sa conscience pour lui», le coup est rude.

Pas une semaine ne passe sans que surviennent de nouveaux témoignages à charge. Femme respectable, la mère d’un influent universitaire parle à son tour. En 1986 et 1987, Mme Dussadee soutenait financièrement Yantra et l’accompagnait au cours de ses voyages en Europe. Elle raconte comment le moine partageait une maison en Finlande avec deux novices. L’une d’elle était Thiamchan, la mère de l’enfant illégitime. «Une nuit, j’ai vu sortir Yantra de la chambre de Thiamchan. Je lui ai demandé pourquoi il était dans cette pièce à cette heure-ci. Påle et les lèvres tremblantes, il m’a assuré, d’une manière incohérente, qu’il n’avait rien fait de mal. J’étais sûre du contraire.»

Le reste du voyage, Mme Dussadee remarque que le moine et la novice disparaissent très souvent, et toujours ensemble. «Ils se lançaient des regards complices, se tenaient la main en public, étaient toujours assis l’un à côté de l’autre. Yantra était jaloux quand sa compagne adressait la parole à un autre homme.» Plus tard, le témoin retrouve le groupe à Bonn. A sa stupéfaction, Yantra avoue sa faute : la nonne est tombée enceinte. Pire, il demande à Mme Dussadee de l’aider à convaincre Thiamchan de se faire avorter. Celle-ci refuse…

L’année suivante, elle retrouve le couple et l’enfant en Yougoslavie. Le bonze est devenu maussade : «Je ne sais pas pourquoi j’ai un aussi mauvais karma», se plaint-il. «A cette époque, il violait allègrement les règles du bouddhisme. Il mangeait après midi, cherchant des glaces au chocolat dans le réfrigérateur de leur appartement. Il jouait au billard, allait au cinéma avec les deux novices, il les serrait dans ses bras toute la journée.»

Trop. c’est trop. Phra Yantra est devenu indéfendable. En février, le Conseil suprême ne rejette plus l’idée d’un test de paternité, que Phra récusait sous prétexte qu’il portait atteinte à sa liberté individuelle. Le moine annonce qu’il obéira aux vieux sages s’ils lui donnent l’ordre de subir cet examen… mais il le contestera. Il considère en effet que le test n’est pas fiable et donc qu’il ne pourra pas prouver son innocence ! Les atermoiements du Conseil suprême et les hésitations du ministère de l’Education finissent, au bout d’un an, par provoquer une crise gouvernementale. Pramote Sukhum, vice ministre de l’Education et député à l’Assemblée, offre en février sa démission, qui est acceptée. Il sert de fusible pour dissimuler cette mascarade qui n’a que trop duré.

«Khao Sod», un grand quotidien thailandais, publie des photos du moine en train de jouer à des jeux vidéo, et une interview de la nonne retournée aux Etats-Unis. Excédée que justice ne soit pas faite, elle lâche de nouvelles révélations. «Yantra se caressait au téléphone quand il m’appelait. Dans ces cas-là, il parlait d’une voix lente et douce. “Puis-je t’embrasser sur la joue, sur les lèvres ?” me demandait-il. Après quelques minutes, je l’entendais dire: “Je suis au sommet.”»

Yantra, que la presse thaïlandaise surnomme désormais Casanova, reçoit le coup de grâce quand est publié par la presse un rapport du ministère des Affaires étrangères. Avec les cartes de crédit offertes par une disciple, riche femme d’affaires, et dont il se servait soi-disant pour la bonne cause, le moine s’offrait en fait des parties fines dans des maisons de plaisir ! Entre 1991 et 1992, il ne dispensait pas seulement la parole de Bouddha au cours de ses voyages à l’étranger. A Melbourne, en Australie, on retrouve son passage au bar Electric City et au Club 25 grâce aux empreintes de sa carte American Express. Le moine est également client de l’Exotic Massage Parlour et des services du Wild Orchid Escort Lounge. Les prix et les dates des nuits qu’il a passées dans les motels apparaissent clairement tout comme le nom de miss Anchalee Insod, une jeune femme de petite vertu qui accepte la carte Amex. Yantra nie l’évidence.

Des enquêtes sont diligentées dans les monastères qui dépendent de sa fondation et le vice-Premier ministre assure entre-temps que le gouvernement envisage de l’inculper à condition qu’il soit défroqué. Durant plusieurs semaines, le Conseil suprême hésite encore. Des batailles rangées éclatent à Bangkok entre ses partisans et la police devant le temple où il s’est réfugié. Mais la sanction tombe : le moine le plus scandaleux qu’ait connu la Thaïlande est finalement défroqué.

Réfugié dans son monastère de province, Yantra continue de dispenser son enseignement. A un détail près. Il a troqué la robe safran pour une verte. En fait, il est toujours vêtu comme un moine, seule la couleur de sa robe le différencie désormais du clergé traditionnel. Yantra est passible d’un an de prison, selon l’article 208, qui interdit de s’habiller en bonze lorsqu’on ne l’est pas. Les femmes sont toujours aussi nombreuses parmi ses fidèles et aucune ne met en doute sa bonne foi. Aussi Yantra divise-t-il encore les Thaïs. Doit-il aller en prison ? «Qui oserait mettre sous les verrous le nouveau Bouddha ?» me répond une de ses jeunes disciples.

Winai La-ongsuwan, alias Phra Yantra, lors de son retour en Thaïlande en avril 2014.
Winai La-ongsuwan, alias Phra Yantra, lors de son retour en Thaïlande en avril 2014. © Nucharee Rakrun / POST TODAY / Bangkok Post via AFP

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