«L’épidémie de coronavirus met en lumière une société de défiance»-Le Monde/Le Figaro

La crise du coronavirus met en lumiere la fragilite du football feminin(aussi)

«L’épidémie de coronavirus met en lumière une société de défiance»

FIGAROVOX/TRIBUNE –

Pour Chloé Morin et Marie Le Vern,

les Français doivent parvenir à transcender leurs intérêts individuels pour affronter l’épidémie du coronavirus. Ce qui apparaît néanmoins difficile au regard du climat de défiance particulièrement fort qui caractérise le pays.

Chloé Morin est l’ancienne conseillère opinion du Premier ministre de 2012 à 2017. Elle travaille actuellement comme experte associée à la Fondation Jean Jaurès.

Marie Le Vern est ancienne députée et travaille comme communicante.


La crise du coronavirus inquiète chacun d’entre nous. Mais c’est surtout une épreuve collective: notre bonne santé dépend de notre capacité coordonnée à s’imposer les règles sanitaires protectrices édictées par le gouvernement.

Or, puisqu’il ne faut malheureusement jamais trop miser sur l’altruisme, le respect des consignes dépend – en démocratie – de la capacité des autorités à convaincre chacun que les mesures d’hygiène sont effectivement les meilleures et les plus protectrices possible pour lui-même. Et, comme dans tout phénomène collectif, la force d’une chaîne est égale à celle de son maillon le plus faible… notre résistance collective est indexée sur notre propension à transcender nos intérêts individuels.On demande ici à chacun de mettre son instinct de survie de côté pour l’intérêt collectif, ce qui n’a rien d’aisé dans une société de défiance.

À ce titre, plusieurs éléments ces derniers jours devraient nous interroger: lorsque seulement 30% des Français, selon le baromètre de confiance CEVIPOF, estiment «qu’on peut faire confiance à la plupart des gens», et 41% font confiance aux personnes qu’ils rencontrent pour la première fois, croit-on vraiment qu’ils vont accepter de faire dépendre leur survie potentielle de la capacité des étrangers à respecter les consignes sanitaires? Dès lors, cela éclaire la problématique du port du masque sous un nouvel angle: depuis des jours et des jours, on nous dit que le masque est «inutile» car il ne «peut être porté en permanence». On mesure ici les risques de pénurie, et donc la nécessité pour les autorités de limiter l’utilisation du masque aux cas où il est strictement nécessaire. Mais comment ne pas voir que nous allons tous, individuellement, allons juger notre propre protection – et potentiellement notre vie ou celle de nos proches – «strictement nécessaire»? On demande ici à chacun de mettre son instinct de survie de côté pour l’intérêt collectif, ce qui n’a rien d’aisé – qui plus est, dans une société de défiance…Dans un monde où l’on n’a guère confiance en son propre voisin, il devient insupportable de devoir dépendre de sa bonne volonté pour survivre.

Selon les autorités, le masque ne devrait donc être porté que par les personnes susceptibles d’être contaminées (ou les professionnels du secours à personnes). Mais si je n’ai aucune confiance dans les personnes que je ne connais pas, vais-je prendre le risque de m’en remettre à leur civisme pour ne pas risquer de me contaminer? Évidemment non. D’où les scènes constatées ces derniers jours, de personnes cherchant à tout prix à acquérir un masque, et rudoyant les pharmaciens ou personnels soignants essayant de faire respecter les consignes gouvernementales.

Dans un monde où l’on n’a guère confiance en son propre voisin, il devient insupportable de devoir dépendre de sa bonne volonté pour survivre. Ce dilemme de défiance «horizontale» vient se cumuler à la défiance dont les «élites» font l’objet: ici, en l’occurrence, l’on nous dit que «les masques sont utiles aux personnels hospitaliers, qui sont en contact toute la journée avec des malades». Il est logique, d’un point de vue collectif, de prioriser les usages en fonction de l’exposition, de la fragilité, et de l’importance des personnes pour notre système de santé. Mais l’esprit humain ne s’accommode pas de ce genre de calcul de risque. Il recherche le risque zéro pour lui-même, tout de suite. Si les gens «importants» pour le système – et l’on imagine par extension les «puissants», qui auront forcément, dans l’imaginaire collectif, des passe-droits, ont besoin d’un masque, ça veut donc dire qu’une fois de plus les élites passent avant les «gens comme moi». Donc, réflexe spontané: je veux un masque! Moi aussi, je veux la meilleure protection, le risque zéro, la capacité de maîtriser mon exposition sans m’en remettre au civisme de ceux qui se croiront contaminés! Réflexe humain, trop humain, mais que nulle argumentation sur le port du masque entendue ou lue jusqu’ici n’a pris à bras-le-corps.about:blankhttps://acdn.adnxs.com/dmp/async_usersync.htmlLe gouvernement et les autorités sanitaires doivent intégrer à leur communication la donnée fondamentale qu’est l’hyper-défiance.

Nous sommes donc face à un dilemme d’action collective – certains appelleront cela un simple problème de civisme – conséquent. Faute de réveiller subitement un civisme et un sens du collectif qui se sont affaissés par paliers successifs depuis des années, le gouvernement et les autorités sanitaires doivent intégrer à leur communication la donnée fondamentale qu’est l’hyper-défiance non seulement verticale, mais aussi horizontale. On peut le déplorer, mais vu les circonstances, il sera sans doute plus efficace de miser en premier lieu sur les biais cognitifs individuels et «l’instinct de survie» de chacun pour faire respecter les consignes qui nous protégeront tous.

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