Những ngày tôi nhuốm bệnh Covid-19 Vũ Hán/Les jours où j’ai souffert du coronavirus-Chatherine Schwaab

Les jours où j’ai souffert du coronavirus

Paris Match ||Mis à jour le 

Catherine Schwaab

Catherine Schwaab lors de l'écriture de son article consacré à Tom Hanks.
Catherine Schwaab lors de l’écriture de son article consacré à Tom Hanks.DR

Dans mon entourage, tous veulent savoir comment évolue la maladie quand on la combat seule à la maison. Sans finir à l’hôpital. Alors voilà…

Cela commence par d’incompréhensibles courbatures dans le dos, moi qui pratique le pilates et ne suis jamais courbaturée. Ce même jour, mon conjoint ressent les mêmes douleurs. Et il a de la fièvre. Moi je vais travailler, sans songer une seconde que j’ai peut-être été touchée par le coronavirus. Je prends le métro, bondé comme d’habitude, le vivier de contamination évident quand j’y pense aujourd’hui. Le confinement n’est pas encore de mise. Un peu fatiguée ce jeudi 12 mars, je me dis: «Vivement le week-end que je me repose, pourvu que je n’aie pas de papier à écrire». Mon mari va voir notre médecin qui ne lui prescrit pas de test – «Je ne vais pas vous faire faire la queue à l’hôpital».. Elle lui prescrit du Doliprane. Elle n’évoque pas l’hydroxy-chloroquine dont on ignore encore le nom. Pendant une semaine, il aura des symptômes moins lourds, grippaux. Son corps lutte mieux.

Le lendemain, le 13, je suis terrassée. Environ 39° de fièvre et la tête qui tourne, à peine j’essaie de me mettre debout. Chute de tension. Courbatures démultipliées, jusque dans les articulations des doigts. Mon mari a les mêmes symptômes, moins violents, moins de fièvre. Il arrive à se lever et aller faire les courses. Cet homme est un gourmand intraitable. Je n’ai pas faim, un étrange goût dans la bouche m’empêche de boire mon café, moi qui en avale 3-4 tasses tous les jours. Je ne me reconnais pas. Le thé, c’est pire : un goût insipide. Pourtant j’ai soif. L’effet de la fièvre et de la transpiration. Autre effet de la transpiration : une poussée de boutons qui vont me brûler pendant des jours sur tout le tronc, dos et face. L’horreur. Je déniche dans ma pharmacie de la pommade à base de cortisone. Elle ne va faire de l’effet qu’une fois la fièvre tombée, donc dans 5-6 jours…

L’enfer de l’épuisement

Entretemps, c’est l’enfer de l’épuisement et des courbatures. Cela n’a l’air de rien: quand on perçoit des douleurs musculaires après une heure de cuisses-abdo-fessiers, on en est presque fier, la fierté d’avoir bien fait les exercices ! Là, ce sont des courbatures d’un autre genre: un truc qui te fait sentir comme si tu avais 90 ans. Moi qui ne suis jamais fatiguée, même quand j’ai la crève, je n’arrive pas à me limer les ongles des pieds, mes pieds (et mes mains) ont d’ailleurs la peau complètement desséchée. Pas l’énergie de mettre du lait hydratant. M’épiler à la pince un poil de sourcil me demande un tel effort que je dois ensuite aller m’allonger sur le canapé ! Me laver les cheveux ? Même pas en rêve… C’est ça qui est angoissant : on se découvre des faiblesses inédites. Je me regarde surfer entre mes deux canapés, le bleu, le beige, un tour sur le fauteuil (non, trop fatigant d’être assise) et retour sur le canapé.

Quand le confinement est déclaré, le 16 mars, je suis soulagée : ça va me donner le temps de récupérer, j’ai l’impression qu’il me faudra des semaines. Moi, l’hyperactive impatiente qui court toujours, j’ai des gestes ralentis, des pas prudents, une lassitude. Une petite vieille. En regardant les premières scènes paniquantes de malades désespérés à la télé, je me dis que j’ai de la chance. Mais… je me sens comme une plaie hideuse et une grabataire inutile. Doliprane le matin, Dafalgan-doliprane le soir. Un festival monocorde juste ponctué de sms. «Oui, je l’ai chopé, non, pas hospitalisée».

Grâce à mon conjoint plus robuste et décidément très bon cuisinier, je mange des légumes vapeur, – je n’ai pas perdu le goût – je bois chaque jour un verre de citron-miel d’acacia; je n’ai plus envie de sucreries moi qui adore ça, ni de pistaches, ni de cacahuètes alors que j’en raffole. Je le sens, mon sens gustatif a changé. Au bout de 4 jours, je commence à avoir des maux de tête qui me paniquent : et si les méninges étaient atteintes ? Mon cerveau, c’est mon instrument de travail…

C’est l’appareil respiratoire qui s’enflamme

Je ne tousse pas, ne suis pas essoufflée, je suis fa-ti-guée. Je vais néanmoins m’efforcer chaque jour de me lever, me doucher, m’habiller, au risque de tomber dans les pommes à tout bout de champ. J’ai des frissons, je passe mon temps à superposer les couches, coton, cachemire, laine polaire et même mon gilet en fourrure!

Au bout de six jours, la fièvre chute: 37, 3. Un sursaut d’énergie. J’écris mon papier Tom Hanks… et je m’effondre, lessivée par… juste un effort intellectuel. Le lendemain, 37°. J’essaie, dans un acte de bravoure, de monter sur le vélo d’appartement de mon mari. Eteint, le vélo. D’habitude, j’en fais 15 minutes facile. Là, au bout d’une minute, je me mets à tousser comme un tubard. C’est là que je perçois la perversité du virus : au moment où tu te crois sortie d’affaire, c’est l’appareil respiratoire qui s’enflamme. Cela me sert de leçon. Je vais me limiter à recommencer mes abdos. 10 minutes. Avec des pauses, vite essoufflée…

Le Dr. Firouzé Banisadr
Le Dr. Firouzé Banisadr© DR

Le débat sur la chloroquine fait rage; j’apprends aussi qu’une chercheuse iranienne, le Dr. Firouzé Banisadr, (fille du premier président iranien après la révolution) a tenté un ultime traitement par injection de cortisone avec des malades au stade terminal du covid-19. Alors qu’ils devaient s’éteindre, leur état s’est amélioré. Elle le raconte en persan sur Radio Fardah, espérant aider ses confrères en Iran, confrontés à une hécatombe.

Se sentir reprendre des forces. Je n’ai plus de fièvre mais un rien me lamine. Je ne suis bien qu’allongée, avec ma tablette, mon téléphone, de la lecture sur le coronavirus. Je ne vais même plus sur les sites de shopping en ligne moi qui adore ça. Dérisoire maintenant ! Je deviens philosophe… Et plus envie de rigoler. Les apéros sur «houseparty» me déroutent. De quoi parler à part de “ça” ?

“J’ai perdu 70 % d’odorat”

Comme j’ai retrouvé l’appétit, et un peu de coquetterie je me remets du parfum, et réalise que…. j’ai perdu 70 % d’odorat ! Incrédule, je vérifie mon nez toute la journée, rien à faire, Guerlain, Dior, les écorces d’orange, la poubelle… je ne sens qu’un flash… qui s’estompe. Ou rien. J’ouvre une bouteille de Montepulciano, un de mes vins préférés, aux arômes puissants. Je hume avec toute ma concentration, et… Rien, ou presque. Je ne sens plus les effluves du vin. Au secours ! Ce poison de virus va me priver d’un de mes plus grands plaisirs. Notre bon docteur Gorny du journal me rassure : «Cela revient dans 15 jours, trois semaines.» Pas sûr. Ce virus attaque bel et bien le système nerveux central, papilles et bulbe olfactif en premier. Et, en y réfléchissant, au plus fort de mon «coronavirus», j’avais l’impression, sur mes jambes mal assurées, de perdre facilement l’équilibre.

Rue des Martyrs, le 3 avril.
Rue des Martyrs, le 3 avril.© Nadji

Début avril, le 3, j’ai retrouvé 70 % de mon énergie. J’ai des anti-corps, en principe je ne suis plus contagieuse. Je sors acheter du pain dans un Paris gris, froid, déserté, silencieux, maussade, même dans la rue des Martyrs, la rue des bobos, d’habitude si encombrée, si hédoniste et si snob. Un traiteur, un boucher, un charcutier, un italien, un maraîcher… sont ouverts. Rideau de fer pour les autres. Des rayons pauvrets alors que d’habitude ils débordent. Le monde d’avant.

J’essaie de me remonter le moral avec un florentin, une tartelette de Linz. De toutes façons, il n’y a presque plus que des gâteaux secs, ils se conservent plusieurs jours. Mais toujours au prix Rue des Martyrs. L’honneur est sauf…

Catherine Schwaab

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