Batailles pour le partage de la mer de Chine méridionale /Cuộc chiến phân chia Biển Đông-Le Monde diplomatique

Tài liệu

Batailles pour le partage de la mer de Chine méridionale

Depuis le mois d’avril 2012 s’observe une tension constante entre la Chine et le Japon à propos de la souveraineté sur les îles Senkaku, selon leur dénomination en japonais, ou Diaoyutai, selon leur dénomination en chinois, petit groupe d’îles inhabitables situées à moins de deux cents kilomètres au nord-est de Taiwan. Alternativement, ce sont les contentieux en mer de Chine du Sud qui attirent l’attention internationale. Le monde des médias met toutes ces tensions au compte de la résurgence entretenue des sentiments nationalistes tant en Chine que dans les pays adjacents, sur le compte aussi des disputes tenant aux droits d’exploitation des richesses économiques de ces mers, essentiellement celles de la pêche et des hydrocarbures. Il y a évidemment des réalités dans tout cela. Mais l’évidence est si forte, si prenante, qu’elle occulte le vrai fond du problème, le vrai fond de l’exacerbation des ambitions de la Chine sur ces deux espaces au détriment des autres pays riverains. Ce fond, c’est celui des intérêts stratégiques militaires chinois contre ceux des intérêts stratégiques globaux américains.

2C’est ainsi que, pour réellement comprendre les raisons profondes de l’agressivité que la Chine déploie progressivement à l’égard de ses voisins depuis 2007 afin de faire valoir ses ambitions sur les deux mers qui la baignent, il faut se placer dans le cadre de la rivalité sino-américaine. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut comprendre pourquoi Pékin agit de telle manière dans les deux mers, bien qu’avec des fluctuations d’intensité selon les périodes, mais sans solution de continuité désormais.

3La théorie est hardie. Parce que les Chinois n’ont jamais rien exprimé clairement de tel sur la réalité de leurs ambitions cachées. Semblable théorie trouve donc bien des difficultés à être acceptée dès lors que tout un chacun refuse de se départir d’un constat à courte vue sur les évidences que rapportent, sauf exception, la plupart des médias. Or, il faut aller au-delà et rechercher les raisons fondamentales de cette montée grave des tensions, pour l’essentiel provoquées par une Chine qui tente de les imputer à ses voisins maritimes. Fort heureusement d’autres chercheurs, comme les professeurs Tetsuo Kotani, chercheur spécial à l’Institut Okazaki, à Tokyo [2][2]<the-diplomat.com/2011/07/18/why-china-wants-the-south-china-sea… et Leszek Buszynski, chercheur invité au Strategic and Defence Studies Centre, à l’Université nationale australienne de Canberra [3][3]Entretien avec l’auteur le 4 novembre 2011 à l’occasion du 3e… ont de leur côté avancé, de manière globalement identique, dans cette même réflexion.

LES FONDEMENTS DE LA RIVALITÉ STRATÉGIQUE SINO-AMÉRICAINE

4Grâce à sa montée en puissance économique, technologique, scientifique et par voie de conséquence militaire, la Chine retrouve sa puissance d’antan, celle qui faisait d’elle l’empire du Milieu, cet empire qui dominait toute sa région par des liens de suzeraineté [4][4]Il y a lieu de relever ici que le concept de liens de… établis sur les bases d’une pesante influence culturelle. Or, avec l’accélération des moyens de communication, les distances du monde se sont artificiellement réduites. En raison de cela les ambitions des puissances ne peuvent plus se limiter à leur seule région.

5Voici donc que surgit chez les Chinois le syndrome de l’empire du Milieu et par voie de conséquence leur ambition de dominer le monde. Mais une telle ambition tend, comme autrefois, à vouloir s’exprimer par la puissance de l’influence, davantage que par celle des armes. Sauf pour tenter de mettre au pas des « vassaux » considérés rétifs ou pour impressionner des voisins plus lointains, dès lors que ceux-ci semblent vouloir limiter, voire étouffer, la montée en puissance de Pékin. C’est ce que la Chine ressent aujourd’hui de la part des États-Unis. Peu après la chute du mur de Berlin, quelques observateurs subodoraient déjà que l’ambition de Pékin était de prendre, face à Washington, la place qu’y tenait auparavant l’URSS et ce, en attendant de pouvoir, à terme, supplanter les États-Unis pour la suprématie mondiale [5][5]Nous ne disons pas que, lorsque la Chine prendra la première…. Et pour l’heure, les incantations chinoises sur la multipolarité du monde ne constituent qu’un discours moratoire, empreint de patience, avant que Pékin puisse s’emparer en ce siècle de la place de première puissance mondiale.

6En face, voici des États-Unis manifestement inquiets de ce surgissement chinois, de voir leur suprématie désormais risquer d’être battue en brèche par ce nouvel arrivant dans le jeu de la domination du monde. De nombreux analystes américains, qui raisonnent sur la base de critères occidentaux, voient la Chine devenir l’ennemi militaire potentiel des États-Unis, et du monde occidental d’une manière générale. Par réaction la Chine se voit à son tour menacée.

7C’est dans ce cadre de la rivalité sino-américaine que s’inscrivent les enjeux que constituent non seulement les mers de Chine entre Pékin, Washington et ses alliés, mais aussi Taiwan. Car Taiwan est ici au centre. C’est en effet le verrou qui ferme les accès libres au Pacifique pour toute marine, et en particulier chinoise, qui veut quitter les mers de Chine pour s’évader vers le grand océan. Il est désormais devenu fondamental pour Pékin de recouvrer Taiwan. Dans ce cadre le but est bien pour lui de disposer, au nord et au sud de l’île, d’eaux entièrement nationales chinoises. Grâce à un tel droit territorial maritime recouvré, Pékin pourra y faire transiter, sans contestation internationale et dans de meilleures conditions de sûreté, ses moyens navals, en particulier ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), les Jin, pour les approcher des territoires américains à distance de tir suffisante de leurs missiles, les Julang2 et plus tard les Julang3 lorsqu’ils seront au point [6][6]Les missiles Julang 2 sont des missiles balistiques nucléaires….

8Prenons la précaution ici de dire que la visée chinoise n’est pas de détruire sans sommation les États-Unis. Il s’agit d’abord et avant tout de présenter contre eux une menace suffisante pour les dissuader d’avancer plus loin dans leur stratégie de parade à la menace chinoise telle qu’ils la ressentent. Une telle menace chinoise aura-t-elle un effet ou pas ? C’est tout le doute qui subsiste encore sur l’effet réel des principes de destruction mutuelle assurée, principes qui caractérisaient la première guerre froide. C’est tout le doute qui subsistera sur cette deuxième guerre froide qui s’annonce, en espérant que ce doute ne soit jamais levé un jour dans le mauvais sens. Car un conflit régional, certes étendu puisque limité au Pacifique, produirait forcément des dégâts mondiaux. Cela dit, il n’est guère évident que Chine et États-Unis soient tentés de se détruire mutuellement. Puisque cela entraînerait la fin de la suprématie de l’un comme de l’autre. Mais, dès lors que le doute est là, il n’est pas possible d’éluder l’hypothèse.

9Ainsi face aux États-Unis, l’objectif actuel de la Chine est d’abord et avant tout de recouvrer Taiwan afin de disposer des eaux libres dont sa marine à besoin pour franchir les détroits au nord et au sud de l’île. Mais ce n’est pas suffisant. Pour y accéder, la Marine de l’Armée populaire de libération (MAPL) doit en effet atteindre ces sorties depuis ses ports. C’est toute la bataille que mène actuellement la Chine contre ses voisins pour s’arroger la maîtrise de la zone des Senkaku en mer de Chine orientale comme celle de la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale. C’est cette volonté affichée d’appropriation de ces espaces qui met la Chine en conflit d’intérêts directs avec ses voisins, indirects avec les États-Unis, voire avec le reste du monde libre lorsqu’il aura bien voulu en prendre conscience.


LES ENJEUX DES MERS DE CHINE ET DE TAIWAN

10Pour sortir de la mer de Chine de l’Est, il faut passer par l’un des multiples détroits que comporte l’archipel des Ryûkyû, territoire japonais. Ce territoire constitue la préfecture d’Okinawa. Il s’égrène en multiples îles du sud-ouest de la grande terre de Kyûshû au nord de Taiwan. Le plus large de ces détroits est celui de Miyako Jima. Il se trouve à un peu moins de trois cents kilomètres entre l’île du même nom et celle d’Okinawa. C’est le plus fréquenté, en particulier par la MAPL lorsqu’elle entreprend des expéditions vers le Pacifique. Mais il est aussi possible de franchir les Ryûkyû par de nombreuses autres passes, ce dont la MAPL ne se prive pas. Depuis 2000, celle-ci s’est en effet enhardie à traverser les détroits japonais avec des moyens navals de plus en plus étoffés et l’objectif d’effectuer des reconnaissances autour de Guam, d’y repérer les installations militaires américaines, d’y observer l’activité, voire de tester les capacités navales américaines de réaction aux approches adverses.

11Tous ces franchissements du territoire insulaire japonais sont autorisés sous réserve que les marines qui les empruntent respectent les dispositions de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) et les lois maritimes nippones, celles-ci devant obligatoirement être en conformité avec la CNUDM, tout comme doivent l’être les lois de tout autre pays adhérent à la CNUDM. Compte tenu de la conformation géographique de ce chapelet d’îles, il est bien évident que tous les mouvements de bateaux qui passent entre celles-ci sont facilement détectables. De ce fait il suffirait, en tant de guerre, de placer en embuscade le nombre de sous-marins nécessaires à la destruction des navires chinois qui déboucheraient de ces passages. C’est l’une des raisons primordiales qui amènent les Chinois à vouloir disposer d’eaux entièrement nationales au nord de Taiwan.

12Les îles Senkaku sont quant à elles rattachées à la préfecture d’Okinawa et artificiellement à l’archipel des Ryûkyû. Artificiellement parce qu’elles n’entrent pas dans l’unité morphologique des Ryûkyû qui elles sont bordées en leur ouest par la fosse dite d’Okinawa. Or les Senkaku se situent de l’autre côté de cette même fosse sur le rebord du plateau continental chinois. Pour l’heure cependant il n’apparaît pas que la Chine avance l’argument géographique pour faire valoir des prétentions sur ces îles.

13Les Chinois avancent un argument historique, sur la base des événements qui ont illustré les conflits sino-nippons depuis la fin du XXe siècle. En effet, après la guerre sino-japonaise de 1894-1895 [7][7]Pour une première approche de l’histoire voir :…, la défaite chinoise se traduisant par le traité de Shimonoseki, l’empire du Milieu doit céder Taiwan et ses dépendances insulaires à l’Empire du soleil levant. C’est ici que le contentieux sur les Senkaku trouve l’une de ses sources puisque le texte du traité de Shimonoseki dit seulement que « la Chine cède au Japon à perpétuité la pleine souveraineté » sur, article 2 paragraphe b, « l’île de Formose ainsi que toutes les îles appartenant à la dite île de Formose ». Faute de préciser de quelles dépendances insulaires il s’agit, le doute est établi sur l’appartenance originelle des Senkaku au Japon soit en tant que territoire des Ryûkyû, soit en tant que territoire cédé au titre du traité.

14Le doute n’est pas davantage levé dans tous les documents officiels qui sont élaborés dès lors que les Alliés affichent leur résolution d’aller jusqu’au bout dans la mise à bas de l’empire nippon : Déclaration du Caire (1er décembre 1943), Déclaration de Potsdam (26 juillet 1945), présentation des instruments de reddition sans condition du Japon (2 septembre 1945). En revanche, les renonciations japonaises, entérinées par les Alliés dans le cadre du traité de San Francisco, signé le 8 septembre 1951, sont beaucoup plus nettes puisque, en son article 2, alinéa b, le Japon « renonce à tous ses droits, titres et prétentions sur Formose et les Pescadores ». Il n’y a plus dans cette formulation, à la différence des textes antérieurs, « ainsi que toutes les îles appartenant à ladite île de Formose ». Cela dit le traité a été signé hors présence de la Chine, qu’elle soit nationaliste ou qu’elle soit communiste, parce que les négociateurs ne parviennent pas à s’entendre sur quelle partie chinoise inviter, le gouvernement nationaliste de Formose ou le gouvernement communiste de Pékin fraîchement établi depuis le 1er octobre 1949. La situation est partiellement rattrapée l’année suivante avec le traité de paix que la Chine nationaliste signera, sous la pression américaine, avec le Japon. Mais ce traité signé le 28 avril 1952 à Taipei reprend, à propos du point essentiel des abandons de territoire, les mêmes termes aussi nets que ceux du traité de San Francisco. Le problème reste donc entier sur la détermination de l’appartenance des Senkaku à Formose ou non.

15Pour les Américains, vainqueurs et mandatés tuteurs du Japon, cela ne fait à l’époque pas de doute : les Senkaku font partie intégrante des Ryûkyû, donc du Japon et non pas de Taiwan. Par conséquent, en application des traités de San Francisco et de Taipei, ils ne transfèrent pas aux Chinois la souveraineté sur ces îles. Ils les utilisent alors comme sites d’entraînement pour leur aviation et leur Marine. Plus tard, en vertu d’un accord passé en 1971 avec Tokyo, Washington les restitue l’année suivante, en 1972, au Japon qui les inclut dans la préfecture d’Okinawa. De là naît tout le contentieux entre la Chine et le Japon, Pékin exigeant aujourd’hui la restitution de ces îles revendiquées.

16Si ce contentieux fait l’objet de disputes récurrentes de principe depuis 1972, le voici qui prend aujourd’hui un tout autre tour, d’une ampleur beaucoup plus forte. Il n’est pas lié aux sacro-saints principes de souveraineté, principes avancés comme évidence de la revendication chinoise. Il ne peut pas non plus être lié à la question des hydrocarbures car pour l’heure il n’est pas encore été prouvé formellement qu’il en existe à cet endroit-là. Les gisements prouvés se situent beaucoup plus au nord, sur la ligne médiane de partage de la mer de Chine de l’Est.

17Les mobiles sont donc stratégiques. Ils visent à permettre à la Chine, si elle parvient un jour à recouvrer Taiwan, ce qui se dessine progressivement, de disposer des eaux nationales, donc entièrement libres, dont elle a besoin dans ce secteur du nord de Taiwan, entre la côte et les îles Senkaku, pour faire passer ses moyens navals. Cela dit, il y a lieu de noter que, tout à son extrémité, l’archipel des Ryûkyû se termine par deux petites îles qui, elles, se situent au plein sud des Senkaku. Celles-ci, Hateruma et Yonaguni, comportent chacune un petit aéroport, aux capacités certes limitées mais qui peuvent abriter quelques moyens de patrouilles maritimes. À la fin 2010, les Japonais font d’ailleurs connaître leur décision d’installer une station de contrôle des activités navales chinoises à l’extrême sud des îles Ryûkyû. Par voie de conséquence, même si la Chine recouvrait les Senkaku, l’existence de ces îlots japonais ne garantirait pas pour autant aux flottes chinoises un franchissement suffisamment sûr au nord de Taiwan. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles Pékin aurait même des velléités de prétentions sur les Ryûkyû, au bénéfice de ce qu’à l’époque impériale, le royaume des Ryûkyû était tributaire de la Chine. Mais voilà, il l’était en même temps du Japon…

18Au sud, pour sortir de la mer de Chine en sécurité, le problème est encore plus aigu. Là en effet, seules quatre sorties sont possibles : le détroit de Malacca, contrôlé par Singapour, la Malaysia et l’Indonésie, mais qui ne permet que de déboucher vers l’océan Indien ; le détroit de Lombok, indonésien ; la mer de Sulu, mer intérieure philippine ; et le détroit de Bashi entre le nord de l’île philippine de Luzon et le sud de Taiwan. Autant dire que pour une échappée de la marine chinoise vers le Pacifique le seul passage le plus intéressant est bien le détroit de Bashi. Il l’est d’autant plus que c’est en mer de Chine du Sud que la MAPL a installé sa base de SNLE, à Sanya, au sud de l’île de Hainan. Le choix chinois s’est porté là parce que c’est à cet endroit que le plateau continental morphologique présente la moindre extension, comparativement au plateau continental de la mer de Chine de l’Est. En conséquence c’est là que les sous-marins peuvent atteindre le plus rapidement les profondeurs dissimulatrices et que de ce fait sont réduits pour eux les risques d’être détectés entre la sortie de port et l’amorce de la plongée.

19Cela dit, la sécurité des SNLE chinois n’est pas pour autant assurée dès lors qu’ils ont plongé à une profondeur suffisante pour ne plus être détectés par des moyens de patrouille maritime aérienne. En effet, les Jin manquent de discrétion. Ils sont donc parfaitement détectables par des moyens de recherche acoustiques. Les Chinois en ont conscience. Tout comme les Soviétiques avaient conscience de ce que leurs SNLE marquaient un déficit de furtivité. C’est donc parce que la MAPL doit limiter les risques de détection de ses sous-marins que Pékin entend vouloir exercer à lui seul un contrôle sans partage sur la totalité de la mer de Chine méridionale, la « sanctuariser » [8][8]Idée déjà développée par l’auteur le 2 juin 2010 dans un…, en faire un « bastion » [9][9]Terme repris par Leszek Buszynski (entretien avec l’auteur… comme les Soviétiques l’ont fait des mers d’Okhotsk et de Barents pendant la Guerre froide.

20Dans la recherche de la réalisation de cet objectif la Chine non seulement s’aliène les riverains de la mer de Chine du Sud parce que, dans ce cadre-là, les tensions liées aux contentieux territoriaux entre elle et eux s’exacerbent, mais elle s’aliène aussi les États-Unis. Washington voit en effet dans cette tentative chinoise de mainmise la quasi-appropriation, par un seul État, d’un espace international aussi vaste que la Méditerranée, un pays qui disposerait alors de complets pouvoirs discrétionnaires pour le régenter à sa guise. Ce qui, quelles qu’en soient les raisons, n’est pas supportable en regard de l’application de la CNUDM et du droit qui en découle : la liberté de l’usage des mers. À partir de là, les États-Unis perçoivent la liberté de la navigation internationale sur cet espace comme menacée [10][10]Ce dont le reste du monde occidental ne semble pas encore avoir… et par voie de conséquence celle de leur propre navigation, en particulier celle de leur Marine de guerre, l’US Navy.

21C’est donc à partir de ce point lié à la question du libre usage des mers de Chine que se recoupent en partie les intérêts des États-Unis avec ceux du Japon, des Philippines, de la Malaysia, de l’Indonésie et du Viêt-nam contre ceux de la Chine. Ce recoupement d’intérêts connaît cependant quelques différences selon qu’il s’agit des Senkaku ou de la mer de Chine du Sud.

22En mer de Chine du Sud lesdits intérêts ne se recoupent qu’en partie parce que Washington, tout en se proposant de favoriser des négociations qui viseraient à aboutir à un règlement des différends, décline toute ambition de vouloir être partie aux contentieux. En revanche, en ce qui concerne les Senkaku, puisqu’elles ont été restituées officiellement au Japon par les États-Unis, elles sont considérées territoire japonais. Or le Japon et les États-Unis sont liés par un traité de coopération mutuelle et de sécurité signé le 19 janvier 1960. Ce traité stipule en son article IV, 1erparagraphe, que « chaque partie reconnaît qu’une attaque armée contre l’une ou l’autre sur les territoires sous administration du Japon serait dangereuse pour ses propres paix et sécurité et déclare qu’elle agirait pour faire face au danger commun dans le respect de ses dispositions constitutionnelles et de ses procédures » [11][11]Accès au texte complet sur…. Les États-Unis sont donc liés par ce texte qui, à la lecture des articles II, III et IV et malgré l’apparente clarté de l’article IV, peut cependant constituer un réel sujet à interprétation. L’application automatique des dispositions des articles concernés pourrait de ce fait, dans le cas d’une aggravation du contentieux sur les îles contestées, ne pas être forcément garantie même si le 28 août 2012, par la voix de Victoria Nuland, porte-parole du département d’État américain, les États-Unis laissent entendre du bout des lèvres que le traité s’applique à la défense des Senkaku [12][12]Extraits de la conférence de presse de Victoria Nuland : les…. Mais il est évident que la perspective d’une confrontation armée avec la Chine ne les enchante pas du tout.

23Ainsi parce que le souci des Américains est bien de réussir à contenir une Chine an alysée comme menace potentielle croissante, les voici contraints à renforcer leur stratégie défensive en Asie

STRATÉGIE CHINOISE CONTRE STRATÉGIE AMÉRICAINE EN MERS DE CHINE

LA CRISE DES SENKAKU ET LE QUESTIONNEMENT SUR L’ÉVENTUEL ENGAGEMENT AMÉRICAIN

24En mer de Chine de l’Est, la stratégie chinoise amène Pékin à conduire des actions permanentes de harcèlement contre les Japonais autour des Senkaku. L’on attribue le déclenchement des hostilités au fait que, à l’occasion d’un discours prononcé à Washington le 15 avril 2012, Shintaro Ishihara, alors gouverneur de Tokyo [13][13]A démissionné de sa fonction en octobre 2012 pour prendre la…, connu pour ses positions nationalistes irrédentistes, déclare sa volonté d’acheter trois des îlots, propriétés privées, à leur propriétaire pour en faire un territoire public. C’est sans doute le facteur qui a attisé la tension entre la Chine et le Japon à propos de ce territoire insulaire. Mais les invectives entre les deux États s’étaient déjà déclarées bien avant la déclaration d’intention de Shintaro Ishihara.

25Toujours est-il que quasi quotidiennement des incidents ont lieu depuis : approche des eaux territoriales des Senkaku, voire pénétrations par des bâtiments chinois de police maritime ou des bateaux de pêche ; intervention des garde-côtes japonais ; approche aérienne ou survol par des avions de chasse chinois et intervention de l’armée de l’air japonaise pour expulser les intrus. Le 15 août 2012 une expédition de 14 activistes pro-chinois débarque même sur ces îles pour manifester son soutien à la Chine continentale. Plus grave, le 30 janvier de cette année 2013, le radar de tir d’une frégate chinoise « illumine » [14][14]Désignation de l’objectif par le radar et prémisse de… un navire des garde-côtes japonais, acte considéré comme foncièrement agressif puisqu’il est la prémisse de l’enclenchement du système de tir d’un missile, dernier stade avant déclenchement du tir. Or, ce qui ajoute à la gravité de l’incident, c’est qu’il ne se produit pas autour des Senkaku, mais à environ cent kilomètres plus au nord, à proximité des Ryûkyû.

26Consécutivement à la conférence de presse du 28 août 2012 en même temps que dans le cadre de la restructuration de leur positionnement militaire sur Okinawa, les Américains décident de poursuivre le renforcement de leurs capacités opérationnelles sur zone : doublement du nombre des aéronefs à rotors basculant MV-22 Osprey pour les amener à douze unités ; perspective d’installation d’un radar de détection lointaine, composante d’un système global de défense antimissile ; exercices navals avec les Japonais mais aussi les Sud-Coréens, ces derniers étant conduits par ailleurs tout autant dans le cadre allié de la parade à la menace nord-coréenne.

27Ce renforcement, sans attendre que le contentieux sur les Senkaku s’aggrave, a débuté de fait bien avant. Et ce à la suite du torpillage de la corvette sud-coréenne Cheonan par un bâtiment nord-coréen, le 26 mars 2010, en zone contestée de partage des eaux entre les deux Corées, en mer Jaune. L’incident donne lieu par la suite à un affichage ostentatoire de la présence navale américaine sur zone, en mer Jaune notamment où, à l’occasion de l’un des trois exercices navals conduits avec la Corée du Sud pour démontrer de manière manifeste le soutien américain à Séoul, le porte-avions USS Washington, basé au Japon, vient manœuvrer. Ce qui déclenche l’ire de Chinois insupportés par une présence aussi imposante, certes en zone internationale, mais si proche des côtes de leur pays. En réplique ils montent quelque temps après deux manœuvres navales d’ampleur absolument équivalente, l’une au large de la côte du Zhejiang, l’autre au large de celle du Shandong.

LA STRATÉGIE CHINOISE DE SANCTUARISATION DE LA MER DE CHINE DU SUD

28En mer de Chine du Sud, le problème est plus complexe en raison de l’existence des nombreux contentieux territoriaux qui opposent la Chine aux autres États adjacents. L’un des problèmes majeurs qui se pose dans ce cadre est que les contentieux s’expriment de manière dissymétrique. Le Viêt-nam revendique les îles Paracels. Il revendique aussi en totalité les îles Spratleys et se trouve là en rivalité partielle avec les Philippines, la Malaysia et Brunei. Les Philippines, à hauteur de l’île septentrionale de Luzon, revendiquent un atoll effondré : Scarborough Reef. Tout au sud des Spratleys, la Malaysia revendique aussi deux émergences qui ne font pas partie intégrante dudit archipel : James Shoal et Luconia Reef. En revanche, là où il y a dissymétrie des revendications avec la Chine, c’est que cette dernière ne revendique pas seulement les terres émergées mais aussi tout autour d’elles un vaste espace marin qui représente à peu près 80 % de la superficie de la mer de Chine du Sud, espace qu’elle délimite par un tracé effectivement dessiné en neuf traits [15][15]Il est fondamental ici de souligner fortement la réalité d’une…. Par là, elle ne laisse pratiquement plus que leur mer territoriale aux autres États côtiers. Un espace ainsi défini que les autres riverains dénomment, par dérision autant que par dépit, la « langue de buffle ».

29Le propos n’est pas ici d’entrer dans le détail explicatif sur la façon dont, en manipulant la CNUDM, la Chine justifie sa prétention sur la base du tracé en neuf traits. Toujours est-il que, selon les écoles, elle présente la « langue de buffle » : soit comme une mer historique, concept qui n’a pas cours dans la CNUDM [16][16]Seules les baies historiques sont prises en considération dans… ; soit comme une mer territoriale, ce qui se décline par le fait que Pékin entend le tracé en neuf traits comme constituant la ligne médiane qui sépare équitablement ce qu’il estime être ses territoires insulaires des côtes des autres États riverains ; soit en dernière instance comme une zone économique exclusive (ZEE). Dans ce dernier cas, la règle qui s’applique en termes de droit de la mer est celle de la liberté de navigation, y compris celle de la liberté d’y conduire des exercices navals, l’état souverain sur cette ZEE ayant ses droits limités, en vertu de la CNUDM, à l’exclusivité de l’exploitation économique, de la recherche scientifique, du développement durable et de l’action de l’État en mer [17][17]Police maritime. afférente. Or en matière de liberté de la navigation, la Chine entend appliquer à ses ZEE, donc en dernière limite à la « langue de buffle », les mêmes règles qu’elle impose à la navigation étrangère dans ses eaux territoriales. L’article 17 de la CNUDM stipule que tout navire étranger, sous diverses réserves exprimées à l’article 18, jouit du droit de « passage inoffensif » dans les eaux territoriales d’un État tiers. Or la Chine, au même titre que le Viêt-nam, l’Indonésie et la Malaysia d’ailleurs, a émis des réserves à ce propos en exigeant que tout navire étranger, notamment militaire, obtienne au préalable l’autorisation de Pékin avant de traverser ses eaux territoriales.

30C’est donc au travers de cet artifice-là, celui de la « langue de buffle » sur laquelle elle prétend disposer de pleins droits juridiques, que la Chine entend sanctuariser cet espace marin à son seul profit. Les actions qu’elle conduit pour forcer la validation de la souveraineté chinoise sur cet ensemble sont multiples.

31C’est ainsi que, entre 2001 et 2011, les marines américaine, australienne et indienne ont fait à diverses occasions l’objet d’une dizaine de harcèlements au total, parfois très graves, soit en authentique ZEE chinoise, soit aussi dans la « langue de buffle ».

32Depuis 2006 les Chinois harcèlent aussi et surtout les compagnies pétrolières étrangères en contrat avec les compagnies pétrolières nationales vietnamienne, philippine, malaysienne pour qu’elles cessent leurs activités avec ces dernières, au motif que les lots explorés ou exploités se situent dans la « langue de buffle », en territoire maritime revendiqué sous souveraineté chinoise. Or le tracé en neuf traits ne peut jouir d’une quelconque légitimité en regard du droit la mer. Il y a donc spoliation des intérêts des autres États riverains ainsi empêchés de travailler en toute sérénité soit dans leur propre ZEE, comme le Viêt-nam ou la Malaysia, soit sur leur plateau continental, comme les Philippines dans le secteur de Reed Bank, hors de l’archipel des Spratleys, en son Nord. Les compagnies pétrolières américaines sont concernées. Certaines, comme ConocoPhillips, partenaire en 2007 de BP et de PetroVietnam dans l’exploitation de deux gisements de gaz à l’extrême sud-ouest des îles Spratleys, se sont soumises à la pression chinoise et repliées le 10 avril 2007. La perpétuation de ces pressions par la Chine a d’ailleurs fini par conduire les États-Unis à réagir de manière vigoureuse. C’est ainsi que le 5 juin 2010, à l’occasion du neuvième sommet sur la sécurité en Asie-Pacifique, dit dialogue du Shangri-la [18][18]Le dialogue du Shangri-la, du nom de l’hôtel où il se tient…, Robert Gates, secrétaire américain à la Défense, condamnait l’exercice de la « diplomatie coercitive » en mer de Chine du Sud.

33Dans le domaine de la pêche la Chine a décrété un moratoire unilatéral annuel sur cette activité au nord du 12e parallèle. Elle contraint ainsi les pêcheurs vietnamiens, qui se voient menacés par la police maritime, à ne plus pratiquer leur métier pendant plusieurs mois de l’année.

34Récemment, le 21 juin 2012, la Chine a donné corps à la quasi-préfecture des Sansha [19][19]Sansha, littéralement Trois Bancs. Les Sansha avaient déjà été…, entité administrative placée sous l’égide de la province de Hainan dont la responsabilité s’étendra désormais sur l’ensemble des espaces circonscrits par le tracé en neuf traits : territoires émergés comme les archipels des Paracels (Xisha Qundao en chinois), des Spratleys (Nansha Qundao en chinois) ; structures isolées comme Luconia Reef et Scarborough Reef ; hauts-fonds complètement immergés comme James Shoal, le Banc Macclesfield et Truro Shoal, ces deux derniers secteurs étant associés à Scarborough Reef par les Chinois pour constituer l’archipel fictif de Zhongsha Qundao. Quelques mois plus tard, soit le 29 novembre 2012, par le biais de la presse nationale, Pékin informe que la province de Hainan a décidé d’autoriser les patrouilles locales de police maritime à appréhender tout bateau étranger pénétrant illégalement dans le secteur maritime de la province et ce à compter du 1erjanvier 2013. Ici les Chinois jouent sur l’ambiguïté liée au statut de la province de Hainan, statut limité à l’île pour l’observateur ordinaire, statut en réalité étendu à toute la « langue de buffle » puisque les Sansha sont en même temps une division administrative de la préfecture de Haikou, chef-lieu de la province de Hainan.

35De fait les Chinois ont commencé depuis longtemps leurs patrouilles maritimes dans la « langue de buffle » et ont entrepris une très forte montée en puissance de tels moyens : garde-côtes, agence de surveillance maritime, administration de sécurité maritime, commandement des garde-pêche, administration générale des douanes. Le raisonnement est que, puisque la « langue de buffle » ressortit à la souveraineté chinoise, ce n’est pas la MAPL qui doit y agir mais ce sont les moyens nationaux de police maritime. La malignité d’une telle décision apparaît dans l’hypothèse d’un incident armé entre une unité navale régionale ou étrangère avec l’une de ces unités chinoises de patrouille maritime. L’agresseur ne serait pas le Chinois mais l’autre puisque ce dernier aurait utilisé un moyen de guerre pour s’opposer à un moyen civil, qui plus est en secteur maritime prétendument sous souveraineté chinoise.


LES RÉACTIONS AMÉRICAINES À LA STRATÉGIE CHINOISE DE SANCTUARISATION DE LA MER DE CHINE DU SUD

36Les Américains avaient réagi bien avant que les Chinois ne lancent toutes ces opérations de consolidation par lesquelles ils espèrent faire admettre leur domination complète sur l’espace maritime concerné. Mais ce qui met définitivement le feu aux poudres est la déclaration de Dai Bingguo, conseiller d’État chinois, à deux hauts fonctionnaires américains, James Steinberg, secrétaire adjoint du département d’État et Jeffrey Bader, directeur des affaires asiatiques du Conseil national américain de sécurité, en visite en Chine, le 4 mars 2010 [20][20]1. « China. Tells U.S. that S. China Sea is ‘Core Interest’ in…. Il leur signifie à ce moment-là que la mer de Chine du Sud se situe au centre des « intérêts vitaux » (core interest) de la Chine. Ce qui, dans l’esprit des Chinois place le sujet au même rang que les questions du Tibet et de Taiwan.

37C’est alors que les Américains réalisent la gravité des prétentions chinoises et décident de ce fait de densifier leur présence en Asie du Sud-Est. L’objectif est de contrecarrer ce qu’ils analysent comme constituant une réelle menace pour leur liberté de navigation en mer de Chine du Sud. Or en 2010, le Viêt-nam, harcelé depuis plusieurs années par la Chine dans ses intérêts maritimes, assure la présidence annuelle de l’Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN). Il a donc l’idée, avec l’accord des autres pays membres de l’Association, d’inviter à la fois les États-Unis et la Russie à participer, en tant qu’invités, à la réunion du Forum régional de l’ASEAN (ASEAN Regional Forum/ARF) [21][21]Le Forum régional de l’ASEAN avait été créé en 1993 et commença… qui se tient au mois de juillet, et d’y prononcer un discours. Les deux puissances répondent en déléguant leur responsable des Affaires étrangères : Serguei Lavrov pour la Russie, Hillary Clinton pour les États-Unis. La secrétaire d’État américaine peut dans ces conditions le souligner le 23 juillet : « il est dans l’intérêt national des États-Unis que la liberté de navigation, l’accès libre à tous les espaces communs et le respect du droit soient préservés en mer de Chine du Sud ». À cette déclaration, la délégation chinoise s’étrangle de fureur, quitte la salle et revient une heure après pour y refaire avec fracas la déclaration usuelle selon laquelle les droits de la Chine sur la zone convoitée sont incontestables.

38La question qui s’est posée par la suite a été de savoir pourquoi les Chinois s’étaient enhardis au point d’en arriver à la déclaration de Dai Bingguo. Tout simplement parce qu’ils avaient commis une erreur d’analyse de situation. Il leur avait en effet semblé que les États-Unis, accaparés par la lutte antiterroriste au Moyen-Orient et en Afghanistan au cours des dix années précédentes, se désintéressaient de l’Asie du Sud-Est. S’il est effectivement vrai que la présence américaine y existait quelque peu au ralenti pendant les opérations sur les théâtres irakien, afghan et maritime dans le golfe d’Aden, l’intérêt de Washington pour la région sud-est asiatique n’en avait pas pour autant fléchi.

39Avant 2010, l’intérêt américain pour le Sud-Est asiatique ne s’estompe effectivement pas. Il se manifeste par diverses actions, certes dénuées de caractère spectaculaire mais qui ressortissent à une action diplomatique globale, construite, paisible et à l’application de ses corollaires.

40Ainsi une unité interarmées des forces spéciales américaines (Joint Special Operations Task Force – Philippines) est-elle toujours engagée aux Philippines depuis 2002 dans le cadre de l’appui à l’armée de ce pays contre les terroristes islamistes du Front Moro, dans l’île de Mindanao. Côté Kuala Lumpur les gouvernements américain et malaysien s’accordent en 2003 pour que la Malaysia accueille le South East Asia Regional Center for Counter Terrorism, SEARCCT). Quant au Viêt-nam, les États-Unis inaugurent avec lui en 2008 le dialogue annuel de politique, de sécurité et de défense. Globalement, au niveau régional, les États-Unis n’ont pas non plus abandonné le rituel de plusieurs exercices militaires communs instaurés depuis plusieurs années avec les États d’Asie du Sud-Est : COBRA GOLD, CARAT [22][22]Cooperation Afloat Readiness and Training ; série d’exercices… et SEACAT [23][23]Southeast Asia Cooperation Against Terrorism ; 11e exercice…, ces deux derniers à caractère naval et amphibie. Tout cela pour ne citer que quelques traits saillants d’une relation qui, en dépit des apparences, continuait bel et bien à exister avant 2010.

41Ces relations s’intensifient de manière spectaculaire après la déclaration de Dai Binguo le 4 mars 2010.

42Ainsi, du côté de l’Indonésie, l’embargo appliqué sur la coopération militaire depuis septembre 1999 à l’encontre de Jakarta est levé. Cet embargo avait été décidé pour sanctionner un gouvernement indonésien incapable à l’époque d’empêcher les violences perpétrées au Timor oriental par les milices opposées à l’accession de cette province à l’indépendance.

43Plus tard, à la suite des provocations auxquelles se livre la Chine contre les Philippines, au mois de mars 2011, dans le secteur des hauts-fonds de Reed Bank [24][24]Deux patrouilleurs chinois étaient venus harceler un navire…, les Américains décident de renforcer les capacités navales philippines en fournissant au pays un patrouilleur de la classe Hamilton[25][25]« Philippines to boost S. China Sea Defences », Straits Times,…. C’est le premier pas vers un programme plus étoffé de rééquipement des armées philippines. Les deux partenaires sont encore davantage convaincus de la nécessité de ce renforcement après les incidents du 10 avril 2012 et des jours qui ont suivi sur Scarborough Reef, incidents au cours desquels des pêcheurs chinois, sous la protection de forces de police maritime, viennent exercer leurs activités sur le site de cet atoll effondré. Enfin le traité de défense mutuelle du 30 août 1951 qui lie Philippines et États-Unis est toujours en vigueur. Il constitue un élément possible de dissuasion contre la Chine mais en même temps de doute. Toute la question demeure en effet de savoir jusqu’où, en cas d’incident entre la Chine et les Philippines sur les secteurs maritimes contestés, Washington accepterait de s’engager aux côtés de Manille.

44Avec le Viêt-nam, les manifestations de coopération militaire se multiplient. L’une des plus spectaculaires, avertissement feutré en direction des Chinois, apparaît dans les exercices de démonstration réalisés par le porte-avions USS Washington, le 8 août 2010, à quelque 200 milles marins de Danang, soit en ZEE vietnamienne et à proximité des îles Paracels. Plusieurs hauts responsables politiques et militaires vietnamiens y assistent. À la suite de quoi se déroulent, pendant une semaine, des exercices navals bilatéraux entre la Marine vietnamienne et trois bâtiments d’escorte du porte-avions reparti, pour sa part, vers la mer de Chine de l’Est [26][26]« US Vietnam in Exercises Amid Tensions with China », Wall…. Deux éléments fondamentaux sont à retenir dans l’établissement de cette relation militaire nouvelle : l’instauration d’un dialogue annuel de politique de défense en 2010 ; puis d’un relevé de conclusions (Memorandum of Understanding/MoU) établi dès l’année suivante pour formaliser la coopération militaire entre les deux parties. Dans l’immédiat cependant l’accord ne couvre que des activités complémentaires ou parallèles à des opérations de combat : sécurité maritime, secours en mer, opérations de maintien de la paix, aide humanitaire et secours dans l’hypothèse de catastrophes naturelles.

45Enfin pour démontrer que, à l’exclusion des eaux territoriales propres à chaque riverain, et hormis les dispositions liées à l’exploitation économique exclusive des ZEE, la mer de Chine du Sud est un espace commun dans lequel tout État peut quel qu’il soit évoluer à sa guise au nom de la liberté d’usage des mers, les États-Unis invitent des nations extérieures à venir y manœuvrer. C’est ainsi que le 9 juillet 2011 le quatrième exercice naval trilatéral Etats-Unis, Japon, Australie a lieu au large des côtes de Brunei [27][27]« Joint Drills to be held in S China Sea », The Yomiuri….

46Cela dit si l’engagement américain du côté de l’ASEAN est globalement souhaité par la plus grande partie des nations concernées et les rassure, il ne fait pas l’unanimité. Les Chinois travaillent effectivement à diviser l’organisation en menant des campagnes de dénigrement dont l’objectif est de démontrer que le soutien américain ne peut être qu’évanescent. Il s’agit de saper la confiance du Sud-Est asiatique dans Washington. L’un des points forts de la démonstration chinoise est de faire valoir que, compte tenu de la situation économique américaine actuelle, les États-Unis sont contraints de réduire leur budget militaire et que, en conséquence, ils seront dans l’incapacité d’apporter l’aide opérationnelle militaire complète que leurs alliés attendent de leur part. Le raisonnement n’est pas totalement dénué de fondement puisque les États-Unis ont désormais pour objectif de renforcer la capacité opérationnelle des États d’Asie du Sud-Est. Le but est de leur conférer l’aptitude à remplir sur zone les missions que les Américains auraient pu assurer eux-mêmes dans des conditions budgétaires moins contraignantes qu’aujourd’hui. C’est l’un des éléments du discours que le président Obama présente le 17 novembre 2011 devant l’assemblée nationale australienne.

47Mais toute cette stratégie américaine s’inscrit dans un cadre global beaucoup plus large que celui des deux seules mers de Chine. Ce qui lui donne sa cohérence. Elle inclut la préservation du verrou taiwanais et le contrôle de l’accès de la MAPL au Pacifique, tout comme de son approche du territoire national des États-Unis.

LA PROBLÉMATIQUE DU VERROU TAIWANAIS

48Il est évident que les États-Unis ne peuvent, en l’état actuel de la situation stratégique en Extrême-Orient et de la menace potentielle qu’ils ressentent de la part de la Chine à leur encontre, envisager le risque d’un retour de Taiwan dans le giron de Pékin. C’est la raison pour laquelle, de façon à répondre aux engagements pris envers Taipei dans le cadre du Taiwan Relations Act de mars 1979, les États-Unis continuent à soutenir l’île militairement. Mais en même temps ils sont aussi contraints par les engagements parallèles pris à la même époque avec la Chine populaire lors de l’établissement des relations diplomatiques deux mois plus tôt. Ces engagements stipulaient que les livraisons d’armement américain à l’île devaient se réduire d’une année sur l’autre pour finir par cesser. Or si ces engagements ont été effectivement tenus jusqu’au début des années 1990, la situation s’est parfois révélée si critique pour Taiwan, comme lors de la crise de 1995-1996, que les États-Unis se sont vus dans l’obligation de revoir à la hausse certaines exportations vers l’île. Ce qui, du coup, n’arrange pas les relations entre Washington et Pékin puisque cela retarde d’autant le moment où Taiwan sera suffisamment affaibli sur le plan militaire pour permettre aux forces chinoises de réaliser une tentative de reconquête par la force. Même si Pékin préfère tout mettre en œuvre pour que la réunification se fasse pacifiquement, il n’a jamais exclu l’option militaire s’il estimait nécessaire de recourir à la solution armée.

49En tout état de cause et parmi les décisions importantes les plus récentes à propos des cessions de matériel militaire à Taipei figure l’approbation par le président Obama, à la date du 6 janvier 2010, d’une livraison portant sur un contrat de 6,4 milliards de dollars. Le marché inclut 2 missiles Harpoon Block II,114 missiles antimissile Patriot-3, 2 chasseurs de mines Osprey, 60 hélicoptères Black Hawk UH-60et 60 terminaux de divers types pour les transmissions.

50En revanche à l’époque n’est toujours pas prise la décision de livrer 66 avions de combat F16 nouveau modèle, objet d’un contrat signé avec Taipei le 17 juillet 2006. Le sujet est d’autant plus sensible que le 25 février 2010, la Chine a lancé un avertissement aux États-Unis pour le cas où ils seraient tentés d’honorer l’accord de vente. Une solution de contournement de la difficulté sera trouvée fin 2012, bien que quelque peu décevante pour Taiwan, lorsqu’un nouveau contrat est signé à hauteur de 5,85 milliards de dollars ; il s’agit d’un pis-aller qui comporte seulement la modernisation de la flotte taiwanaise des premiers modèles de F16, fournis au nombre de 150 à la suite d’un accord passé au mois de novembre 1992.

UNE RÉSULTANTE : LA NOUVELLE STRATÉGIE MILITAIRE AMÉRICAINE EN ASIE-PACIFIQUE

51Face à cet ensemble de facteurs déstabilisants dans la région, face à la menace potentielle ressentie de l’expansion navale de la Chine et des prétentions que suscite sa montée en puissance militaire, face à la nécessité de réduire leur budget militaire et face en revanche à la disparition de la menace sur le théâtre européen, les États-Unis vont décider de restructurer leur posture stratégique militaire en Asie-Pacifique.

52L’annonce en est faite par le président Obama lors de son discours du 17 novembre 2011 devant l’assemblée nationale australienne : « J’ai ordonné à mon équipe de sécurité nationale de faire de notre présence et de notre mission en Asie-Pacifique une priorité absolue » [28][28]Texte intégral du discours sur : <…. C’est ainsi que les États-Unis feront désormais de l’Asie Pacifique le centre de leur stratégie, ce qui s’exprime dans la théorie du « pivot » stratégique américain.

53Dans ce cadre, le choix de l’Australie comme destination clé du voyage du président Obama ne se résume pas à la délivrance d’un discours certes significatif ; il s’assortit aussitôt d’un accord par lequel les forces américaines de projection pourront transiter par le territoire australien et y séjourner temporairement. Accord des Australiens le 16 novembre 2011 pour l’établissement d’une base à Darwin. Le secrétaire à la Défense Leon Panetta confirmera plus tard, le 2 juin 2012, à l’occasion du dialogue du Shangri-la, pareil rééquilibrage : à l’horizon 2020, 60 % des forces américaines seront implantées en Asie-Pacifique contre 50 % aujourd’hui, soit un basculement de 10 % des moyens du théâtre atlantique vers le Pacifique.

54Enfin pour répondre au nouveau concept stratégique chinois d’interdiction d’accès de zone [29][29]Anti-Approach/Area-Denial. fondé sur l’emploi des sous-marins nucléaires d’attaque, sur celui des porte-avions lorsque les programmes seront achevés et que les produits seront opérationnels, sur celui des missiles balistiques DF-21C et DF-21Danti-objectifs mobiles que représentent les porte-avions américains, les États-Unis ont élaboré un nouveau concept, celui de l’Air-Sea Battle destiné à fournir une solution systémique à l’ensemble des défis technologiques posés par la stratégie chinoise.

55Notons enfin que la décision de Washington de reconfigurer sa posture de défense pour faire du théâtre Asie-Pacifique le centre de gravité de sa stratégie ne tient pas seulement à la montée des tensions suscitées par les contentieux territoriaux maritimes dans les deux mers de Chine, mais aussi largement à l’obstination de la Corée du Nord à maintenir son programme nucléaire militaire.

Indépendamment des méfiances réciproques, la crainte demeure qu’un incident dégénère en confrontation militaire majeure sino-américaine à la suite d’une méprise ou d’une initiative militaire intempestive de l’une ou de l’autre des parties en mer de Chine de l’Est ou du Sud. C’est la raison pour laquelle des mécanismes de sûreté ont été instaurés. C’est aussi la raison pour laquelle les Américains insistent tant sur le maintien des dialogues.


LE MAINTIEN D’UN DIALOGUE SÉCURITAIRE SINO-AMÉRICAIN

57Dans ce cadre les rencontres au niveau militaire se multiplient même si les Chinois en annulent parfois temporairement les sessions pour marquer leur désapprobation à l’encontre de telle ou telle initiative américaine aux apparences belliqueuses.

58Suspendu unilatéralement par les Chinois le 30 janvier 2010 pour protester contre les ventes d’armement à Taiwan, le dialogue sino-américain sur la sécurité maritime reprend les 14 et 15 octobre 2010, à Hawaii. Instauré dès 1998 dans le cadre du Military Maritime Consultative Agreement, il a pour but, entre autre, de parer à tout incident pouvant résulter d’une éventuelle méprise en mer. Le 10 décembre 2010, les Defense Consultative Talks, onzièmes du genre, sont aussi à nouveau engagés. Ils auront également lieu en 2011 et en 2012, respectivement à Pékin et au Pentagone. En 2012, la question de la sécurité maritime dans les deux mers de Chine est discutée, à côté de bien d’autres sujets tels que, en particulier, l’absolue nécessité d’éviter les erreurs de jugement dans les domaines du cyberespace, de l’espace, de la politique nucléaire et de la défense antimissile.

59Les rencontres internationales, les échanges de visites officielles sont autant d’occasions de calmer les ardeurs belliqueuses. Ainsi, ministres américain et chinois de la Défense se rencontrent et échangent à l’occasion du dixième dialogue sur la sécurité en Asie-Pacifique en juin 2011 à Singapour [30][30]Cf. note 17 supra.. Dialogue il y a encore lors des échanges de visites réciproques entre le général Chen Bingde, chef de l’état-major général de l’Armée populaire de libération (APL), aux États-Unis en mai 2011 et l’amiral Mike Mullen, président américain du comité des chefs d’états-majors interarmées, en Chine du 9 au 12 juillet 2011. Les échanges de propos permettent au commandant chinois d’exprimer les griefs de son pays quant aux activités militaires des États-Unis en mer de Chine du Sud alors que, de leur côté, ces derniers venaient de réaffirmer leur soutien aux Philippines. Des rencontres qui allaient aussi donner à l’amiral Mullen l’opportunité de réaffirmer les principes américains sur la mer de Chine du Sud, en particulier le caractère international de celle-ci et la liberté de navigation qui s’y attache, notamment celle des marines de guerre [31][31]« Hotline to ease Vietnam-China tensions », Jane’s Defence….

CONCLUSION

Que dire pour conclure ? Tout simplement que limiter l’observation des événements en mer de Chine de l’Est comme en mer de Chine du Sud aux contentieux qui, au nord, opposent la Chine au Japon à propos des Senkaku, et au sud opposent la première aux autres riverains de la mer de Chine du Sud sur des territoires insulaires et maritimes, serait réducteur. De même que limiter son observation aux seules questions d’un accès chinois quasiment exclusif aux ressources économiques existantes dans ces deux mers – ressources halieutiques, ressources en hydrocarbures – est tout aussi réducteur. Car sans doute ces tensions seraient-elles moins vives si derrière ne se profilait pas pour la Chine, dans le cadre de sa confrontation avec les États-Unis, malgré le maintien de dialogues destinés à éviter des dérapages malencontreux eux-mêmes susceptibles de conduire à des engagements armés, un absolu besoin d’accéder en toute liberté, et si possible avec une plus grande sécurité qu’aujourd’hui, à l’océan Pacifique. C’est parce que la Marine chinoise veut disposer des eaux libres dont elle a besoin qu’il devient encore plus crucial qu’auparavant pour la Chine de recouvrer Taiwan. Et pour les États-Unis de faire en sorte que Taiwan ne retourne justement pas dans le giron de la Chine continentale.

61De là à conclure que la région Asie-Pacifique est au bord de la guerre à cause de la présente acuité des tensions dans les deux mers de Chine serait aller bien vite en besogne, même si le débat s’anime énormément sur la question au niveau international. En revanche, il n’est pas impossible que le monde s’achemine vers une nouvelle Guerre froide avec d’un côté une puissance hégémonique en déclin, les États-Unis, et de l’autre une puissance hégémonique en vigoureuse croissance, la Chine. Ainsi, s’il y a désormais une observation attentive à conduire, c’est bien celle des progrès de la Chine dans l’océan Pacifique sur tous les plans : ceux de la politique, de l’économie, de l’influence, du militaire et en fin de compte de la stratégie totale.

figure im1
figure im2

La préfecture d’Okinawa

tableau im3

<wikitravel.org/en/Okinawa>

Les contentieux maritimes autour du Japon

tableau im4

<www.globalsherpa.org/top-international-world-news-stories-2012>

Les revendications territoriales en mer de Chine méridionale

tableau im5

<www.globalsherpa.org/top-international-world-news-stories-2012>

Zones de tension entre la Chine, Taiwan, les Philippines et le Viêt-nam

tableau im6

<www.google.fr/imgres?imgurl=<www.hko.gov.hk/wservice/tsheet/pms/images/marine_map. gif&imgrefurl=http://www.hko.gov.hk/wxinfo/currwx/fmar.htm&h=659&w=638&sz=22&tbnid=qkII dAnro6UJeM:&tbnh=90&tbnw=87&zoom=1&usg=__uuO0JHJ972CQ12M6h7fsHzckQRQ=&doci d=_Pf2k-lvTL2utM&sa=X&ei=g9fRUdCuOOnB7AaX84GIAw&ved=0CD4Q9QEwAg&dur=438>

Le détroit de Bashi

tableau im7

<www.google.fr/imgres?imgurl=http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/ thumb/d/d6/Luzon_Strait_n7184.jpg/220px-Luzon_Strait_n7184.jpg&imgrefurl=http://en.wikipedia. org/wiki/Bashi_Channel&h=414&w=220&sz=19&tbnid=3Ih_qng_j4BVnM:&tbnh=90&tbnw=48&z oom=1&usg=__HVsE8TVaPuHVzayDbX2I1sSX5jk=&docid=BhfcIwUcXcGD6M&sa=X&ei=g9fRU dCuOOnB7AaX84GIAw&ved=0CDsQ9QEwAQ&dur=406>

Notes

  • [2]<the-diplomat.com/2011/07/18/why-china-wants-the-south-china-sea/>.
  • [3]Entretien avec l’auteur le 4 novembre 2011 à l’occasion du 3e colloque international sur la mer de Chine du Sud organisé à Hanoi par l’Académie de Diplomatie du Viêt-nam et l’Association des juristes vietnamiens.
  • [4]Il y a lieu de relever ici que le concept de liens de suzeraineté et de vassalité qui unissaient la Chine à ses voisins à l’époque impériale ne peut s’analyser sur la base du concept occidental qui prévalait dans les royaumes occidentaux. Il y a des similitudes mais aussi beaucoup de différences. Des études comparatives sont encore à mener sur ce sujet.
  • [5]Nous ne disons pas que, lorsque la Chine prendra la première place mondiale, elle reprendra Sa place, comme se plaisent à l’exprimer un certain nombre d’observateurs de ce pays. La Chine n’a jamais été une puissance mondiale, même si certains auteurs de référence ont calculé et démontré avec justesse que, avant les guerres de l’opium, c’était l’empire du Milieu qui présentait le PIB le plus élevé du monde. Mais ce n’est pas ce qui en faisait pour autant la première puissance mondiale. La Chine n’est jamais restée, jusqu’à aujourd’hui, qu’une puissance régionale, jamais mondiale. Elle n’a à son actif entrepris aucune circumnavigation, ni conquis, ni administré des territoires lointains. La première place mondiale appartient à celui qui s’en empare. Elle ne revient pas de droit à l’une ou l’autre des puissances qui, à un moment ou à un autre de l’histoire, est prédominante.
  • [6]Les missiles Julang 2 sont des missiles balistiques nucléaires à portée de 8 000 km. Les recherches chinoises s’orientent actuellement vers un missile de nouvelle génération, le Julang3 qui pourrait porter, selon les versions envisagées, à 12 000, 14 000 ou 20 000 km, ce qui réduirait d’autant la nécessité de trop s’approcher du continent américain et de ses dépendances comme Hawaii.
  • [7]Pour une première approche de l’histoire voir : <fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_sino-japonaise_ (1894-1895) >.
  • [8]Idée déjà développée par l’auteur le 2 juin 2010 dans un article intitulé : Mer de Chine méridionale : une sanctuarisation chinoise, paru sur le forum du site internet de la Revue de Défense nationale (<www.defnat.com> et <defnat.com/ pdf/SCHAEFFER-06-2010.pdf>).
  • [9]Terme repris par Leszek Buszynski (entretien avec l’auteur le 4 novembre 2011), cf. supra note 3)
  • [10]Ce dont le reste du monde occidental ne semble pas encore avoir pris conscience de son côté. Or lui aussi a des intérêts en mer de Chine du Sud ne serait-ce que parce que ses messageries maritimes, telles que CMA-CGM ou Mærsk transitent par cette voie d’eau.
  • [11]Accès au texte complet sur <afe.easia.columbia.edu/ps/japan/mutual_cooperation_treaty.pdf>.
  • [12]Extraits de la conférence de presse de Victoria Nuland : les États-Unis se disent « préoccupés » de la tension qui persiste entre le Japon et la Chine ; ils « ne prennent pas position sur les îles » disputées mais toutefois « affirment qu’elles sont couvertes par le traité ».
  • [13]A démissionné de sa fonction en octobre 2012 pour prendre la direction du Parti de la restauration du Japon (Japan Restoration Party). Lui a succédé dans ses fonctions Naoki Inose, élu le 17 décembre 2012.
  • [14]Désignation de l’objectif par le radar et prémisse de l’enclenchement du système de tir d’un missile.
  • [15]Il est fondamental ici de souligner fortement la réalité d’une telle dissymétrie dans les revendications. Tant que la presse internationale n’aura pas exprimé plus énergiquement cette réalité, le monde ne s’en tiendra qu’à des rivalités liées aux seules émergences insulaires et ne verra pas les implications graves que pourrait entraîner pour sa propre liberté l’acceptation de la revendication chinoise basée sur le tracé en neuf traits.
  • [16]Seules les baies historiques sont prises en considération dans la CNUDM (article 10, §6).
  • [17]Police maritime.
  • [18]Le dialogue du Shangri-la, du nom de l’hôtel où il se tient annuellement à Singapour depuis 2002, est une réunion élargie des ministres de la Défense des pays concernés par les questions de sécurité en Asie-Pacifique : Allemagne, Australie, Birmanie, Brunei, Cambodge, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Mongolie, Nouvelle-Zélande, Pakistan, Philippines, Royaume-Uni, Russie, Sri Lanka, Singapour, Thaïlande, Timor oriental et Viêt-nam.
  • [19]Sansha, littéralement Trois Bancs. Les Sansha avaient déjà été érigés au rang de district en novembre 2007 et ils étaient administrés jusque-là à partir de l’île de Hainan.
  • [20]1. « China. Tells U.S. that S. China Sea is ‘Core Interest’ in New Policy », <www.breitbart.com/article. php?id=D9GNI5600&show_article=1>, Associated Press, 3 juillet 2010 ; 2. « China adds South China Sea to ‘Core Interest’ in New Policy », 4 juillet 2010, < http://www.zeenews.com/news638592.html> ; 3. Cary Huang, « A Bolder China Asserts ‘Core’ Interests – But Will it Act ? », South China Morning Post, 12 août 2010 ; 4. Peter Lee, « High Stakes Gamble as Japan, China and the U.S. Spar in the East and South China Seas », 24 octobre 2010, < http://www.japanfocus.org/-Peter-Lee/3431>.
  • [21]Le Forum régional de l’ASEAN avait été créé en 1993 et commença à se tenir en 1994 avec pour objectif d’« enrichir le dialogue constructif et les consultations sur les sujets de politique et de sécurité d’intérêt et de préoccupation communs et d’apporter des contributions significatives aux efforts de construction de mesures de confiance et de diplomatie préventive en région Asie-Pacifique », <aseanregionalforum.asean.org/about.html>.
  • [22]Cooperation Afloat Readiness and Training ; série d’exercices navals annuels bilatéraux entre les États-Unis, le Bangladesh, Brunei, le Cambodge, l’Indonésie, la Malaysia, Singapour, les Philippines, la Thaïlande et Timor oriental.
  • [23]Southeast Asia Cooperation Against Terrorism ; 11e exercice en 2012.
  • [24]Deux patrouilleurs chinois étaient venus harceler un navire philippin de recherche pétrolière.
  • [25]« Philippines to boost S. China Sea Defences », Straits Times, 8 septembre 2011.
  • [26]« US Vietnam in Exercises Amid Tensions with China », Wall Street Journal, 16 juillet 2011.
  • [27]« Joint Drills to be held in S China Sea », The Yomiuri Shimbun, 9 juillet 2011.
  • [28]Texte intégral du discours sur : < http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2011/11/17/remarks-president-obama-australian-parliament>.
  • [29]Anti-Approach/Area-Denial.
  • [30]Cf. note 17 supra.
  • [31]« Hotline to ease Vietnam-China tensions », Jane’s Defence Weekly, 7 septembre 2011 ; « Vietnam Holds navy Drill Amid China Spat », Washington Post , 20 juin 2011 ; « China, US Agree on navy Drills, Dispute over South China Sea »,Beijing Review, 12 juillet 2011.



Để lại lời nhắn

Mời bạn điền thông tin vào ô dưới đây hoặc kích vào một biểu tượng để đăng nhập:

WordPress.com Logo

Bạn đang bình luận bằng tài khoản WordPress.com Đăng xuất /  Thay đổi )

Google photo

Bạn đang bình luận bằng tài khoản Google Đăng xuất /  Thay đổi )

Twitter picture

Bạn đang bình luận bằng tài khoản Twitter Đăng xuất /  Thay đổi )

Facebook photo

Bạn đang bình luận bằng tài khoản Facebook Đăng xuất /  Thay đổi )

Connecting to %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.