Big brother chez les Ouïghours-Cách kiểm soát người Uy Ngô Nhĩ (Khu tự trị Tân Cương của Tàu)-Darren Byler/Pierre Marti

                                             Báo Slate Pháp

Trông người mà nghĩ đến mình                    

            Big brother chez les Ouïghours-

Darren Byler

Darren Byler —

Traduit par Pierre Marti — 1

Dans la province chinoise du Xinjiang, d’étranges visiteurs et visiteuses s’invitent chez les Ouïghours pour les surveiller, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sept.

Les grandes sœurs et grands frères arrivaient souvent en tenue de randonnée. Ils apparaissaient dans les villages en groupes, avec leurs sacs boursouflés sur le dos, leurs bagages remplis de bouilloires électriques, de cuiseurs à riz et autres cadeaux utiles à leurs hôtes. Ils se trouvaient loin de chez eux, mal à l’aise, rétifs à l’idée de dormir à la dure loin du confort urbain. Mais ces «parents éloignés», comme on leur demande de se faire appeler, étaient en mission, alors ils se tenaient la tête haute en pénétrant dans les maisons ouïghoures où ils venaient annoncer qu’ils resteraient longtemps. Les enfants des villages repéraient rapidement les nouveaux arrivants. Ils entendaient leurs tentatives de salutations dans la langue locale, apercevaient leurs drapeaux chinois brillants et le visage rond de Mao Zedong épinglé à leur poitrine, et savaient quoi répondre. «J’aime la Chine» criaient immédiatement les enfants, «j’aime Xi Jinping».

Au cours de l’année passée, des informations venues de la région autonome chinoise du Xinjiang ont fait état d’une campagne de répression religieuse et culturelle contre les musulmans et musulmanes ainsi que de leur détention et de leur confinement au moyen d’un réseau de plus en plus vaste de camps clos par des fils barbelés. Le gouvernement chinois a parfois désigné ceux-ci par les termes de «centre de transformation par l’éducation», de «centre de formation contreterroriste», et plus récemment, dans un contexte de multiplication des critiques venues de l’étranger, par l’expression «centre de formation à la vocation».

Le gouvernement décrit ces mesures comme une réaction au terrorisme. En effet, ces camps peuvent être vus comme la continuation logique, bien que grotesque, de décennies de tentatives d’éradication de ce qu’il perçoit comme «le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme religieux» de la minorité ethnique musulmane au Xinjiang. La région et le pays ont en effet vécu des spasmes de violences spontanées d’envergure, ainsi que des cas de violence préméditée résultant du désespoir ouïghour face à des décennies de discrimination et de persécution. Les mesures actuellement mises en œuvre par le gouvernement pour éviter de potentiels troubles futurs semblent reposer sur la supposition que la plupart des Ouïghours sont des extrémistes en puissance.

Carte indiquant la localisation du Xinjiang (en rouge) à l’intérieur de la Chine | Wikimedia

La plupart des articles parus récemment se sont concentrés sur l’ampleur sans précédent et le degré de pénétration des technologies de surveillance déployées pour organiser cette campagne ainsi que sur la façon dont le gouvernement a fait pression sur les autres pays pour prêter leur concours au rapatriement forcé des Ouïghours vivant à l’étranger. Mais une attention bien moindre a été accordée à la mobilisation de plus d’un million de civils chinois (parmi lesquels surtout des membres de la majorité ethnique Han) pour aider l’armée et la police en occupant les foyers de Ouïghours et de membres d’autres minorités musulmanes de la région ainsi qu’en participant à des programmes d’endoctrinement et de surveillance, tout en se présentant comme des parents des hommes et femmes qu’ils étaient ensuite susceptibles de faire envoyer dans les camps.

Ce printemps, en tant qu’anthropologue revenant dans une province où j’avais passé deux ans à mener des recherches sur la vie sociale des Han et des Ouïghours, j’ai effectué des entretiens avec des fonctionnaires Han dans des quartiers urbains et des villes majoritairement ouïghoures dans le sud du Xinjiang. Pendant cette période là-bas et par des entretiens en ligne avant et après ma visite, j’ai parlé du travail de «grande sœur» ou «grand frère» dans des foyers ouïghours ou kazakhs avec une douzaine de personnes, aussi bien des agents civils chargés de missions de surveillance que des membres de familles surveillées. Certaines de ces personnes étaient des amis Han avec qui j’avais tissé des liens en 2011 en commençant mes recherches de terrain à Urumqi. D’autres, surtout des amis et parents de ceux qui étaient impliqués dans le programme, étaient des connaissances rencontrées hors de Chine. Ceux restants étaient des gens que j’avais rencontrés à Urumqi et à Kashgar en 2018.

Je voulais comprendre comment différents groupes de civils Han voyaient leur rôle dans ce vaste projet d’ingénierie humaine et pourquoi ils acceptaient d’y prendre part. Je les avais assurés que je ne dévoilerais pas leur nom dans une future publication et leur avais demandé de me décrire leur façon de voir leur travail et sa finalité. J’ai également observé la façon dont ils interagissaient avec les membres de minorités et entre eux. J’étais curieux de savoir s’ils sympathiseraient avec les Ouïghours et Kazakhs qu’ils contribuaient à «transformer».

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